Coeur en panne.

Me voilà en route pour repartir sur la ville, le téléphone en main. J’appelle C., lui annonce avec un air qui se veut grave que j’ai besoin que l’on se voit le lendemain, pour « parler. » L’abruti s’imagine surement que je suis genre hyper gaiz à l’idée de le voir, parce que je ne note pas dans le timbre de sa voix un étonnement ou une inquiétude quelconque. La fille se pose des questions : « il feinte ou il est super con? » Le cynisme m’envahit, signe de mauvaise augure. Qui se confirmera le lendemain.

Au début de notre rendez-vous précédant, C. m’avait dit avec cet air de l’abruti de base, limite selon moi pour un type qui s’est fait passé pour un client, a des relations non vénales avec moi et s’imagine qu’il aura en plus des avantages physiques les avantages vestimentaires de ma vie d’escort girl : « t’as pas autre chose que des jeans ? Je sais pas une jupe… Je ne dit pas que tu n’es pas élégante comme ça hein… » Je lui avait lancé un regard noir. Il avait genre fermé son clapet et continuer à conduire, mine de rien, on avait changé de sujet petit à petit. Je me disais, s’il est si chou que ça, je me mettrai en jupe la prochaine fois. Or, la fin du rendez-vous m’avait confirmé quel gamin il était et c’est pour cela que pour ce qui allait être notre dernier rendez-vous, je me suis tout simplement pointé avec un jean. Non mais.

C. a d’ailleurs sorti une voiture encore plus pourrie que celle qu’il avait amené les fois précédantes (aujourd’hui encore quand je sors pour aller en ville et que je vois une voiture d’ouvriers garé à cet endroit, je me fais toujours de fausses frayeurs à m’imaginer que c’est lui), ce qui m’a totalement épaté et mit encore plus en rogne que je ne l’étais déjà. Je monte dans la voiture, il sourit, me caresse la joue. Putain, il est trop chou. Sourit Chacha ! Non ! Il y a comme une lutte qui démarre à l’intérieur de moi, entre Chacha-la-nympho qui a envie de se faire ce mec trop mignon au volant et Chacha-la-vénère, qui sait que ce mec trop mignon la prend pour une pomme. J’ai horreur d’avoir à réglé ce genre de problème internes, alors je décide juste de ne pas parler pendant les premières minutes du rendez-vous.

Il me demande ce que je veux faire, fais deux-trois blagues plutôt bof en attendant que je daigne rouvrir la bouche, me demande de nouveau ce que j’avais à lui dire. Je l’ouvre. Je lui parle de ce ras-le-bol que j’ai, qu’il s’imagine qu’à chaque fois que l’on se voit, tout doit finir en relation sexuelles. Lui parle de ce doute que j’ai, qu’il soit réellement sincère, lui parle de ce dégout de lui que j’ai eu après notre dernier rendez-vous, quand il se mettait à commenter les filles qui passaient dans la rue, à me parler de l’hygiène déplorable de certaines femmes qu’il avait connu. Il me dit pfff. Il me dit que c’était justement pour me taquiner, qu’il ne me prenait pas pour un pote contrairement à ce que j’avançais, que c’était sûrement parce qu’il se sentait à l’aise avec moi, qu’il s’était lâché en gros. Moi : « ouais ben vas-y mollo avec la joie. »

Il n’arrête pas de regarder partout, me dit qu’il doit aller voir son père, et puis sur la route vers je-ne-sais-plus-quelle-ville il doit régler un truc sur le chantier d’une vieille. Il n’arrête pas de parler d’elle de façon plutôt péjorative « la vieille », « où est-ce qu’elle a dit que c’était déjà, cette p… » Je m’impatiente. Je lui dit tu vois, entre le premier rendez-vous et celui-ci ça a tellement changé. Je trouve ça hyper louche d’ailleurs, ton histoire d’avoir attendu un mois pour me rencontrer. Il ne dit rien. On roule comme ça pendant de longues minutes. J’ai envie de me casser. Je me demande ce que je fous là et j’ai envie de me casser. Il s’arrête pour acheter un paquet de clopes et des Mars. En remontant dans la voiture il pointe du doigt les barres de chocolat. « Tu sais ce qu’on dit ? » Je hoche la tête, fronce les sourcils. Il fait un large sourire. « Et ça repart ! » Mince. Il a réussit à m’arracher un sourire.

Pendant de longues minutes, je me rapproche de lui, il me prend dans ses bras, il me dit de me mettre à l’aise. Je me laisse un peu faire, oublie ce pourquoi je suis là, me laisse aller à l’ambiance chau-chaude qui se crée. Il me dit de me mettre à l’aise, j’ôte mon manteau, met ma tête sur ses genoux – tout cela pendant qu’il conduit. Ca me renvoit des semaines en arrière, quand j’était avec E., qui a des vitres teintées et qui s’imaginait que j’allais me mettre à oilpé dans sa caisse. Le jour où je fais ça, je serais genre payée 10 euro la minute – je ne suis pas une nympho branché plan exhib’ gratos à fond dans la nudité en publique. En gros, je ferais jamais ça. Alors dans un utilitaire sans vitre teinté, c’est encore moins probable.

On ne dit rien pendant de longues minutes. Je me remémore tous ces rendez-vous passés ensemble, tous nos délires, toutes nos blagues. Quelque chose au fond de moi me murmure que c’est la dernière fois qu’on se voit. J’ai peur. J’ai peur de le quitter parce que je me suis attachée à lui, finalement et qu’il est super-hyper-hypra-supa-charmant. Mais voilà. Il est juste un de ces pauvres types qui me prend pour une fille trop naïve pour voir qu’il ne veut que des relations sexuelles avec moi. Pour que je couche avec quelqu’un à chaque rendez-vous, soit faut que je sois payée une poignée d’euros par minute, soit faut que je sois sacrément amoureuse. Or, ce n’est ici ni le cas a), ni le cas b), ce qui signifie en gros, que dans quelques minutes tout sera finit.

Je repense encore à notre dernier rendez-vous, celui qui m’insupporte le plus. Il me disait qu’il avait trois enfants, qu’il avait été marié dix ans, que chacun des tatouages sur son corps porte le nom de sa progéniture. Je soupire au fond de mon coeur. Je me dis, allez profite aussi de ces derniers instants ou bien, je ne sais pas vraiment ce que je me dis. Finalement, je ne sais plus comment ça arrivera, mais je me laisserait totalement faire, submergée par ce flot de pensées contradictoires en moi, il glissera sa main dans ma petite culotte et je murmurerais non. Dix minutes plus tard, il dira à nouveau « tu veux des caresses? » Moi : « non ». Lui « et même pour me faire plaisir ? » Lui faire plaisir, nous y voilà.

Combien d’hommes sur cette p… de terre s’imaginent que je n’ai que ça à faire leur faire plaisir ? Combien d’hommes s’imaginent que des filles comme moi passent leur temps à rêver de leurs faire plaisir ? Pour un peu ou beaucoup de cash ok, mais à part ça, je ne vois vraiment pas comment cela serait possible. Or, C. l’apprendra à ses dépends.

On se gare dans un petit chemin isolé, sur le bas côté de cette route de campagne alors même qu’on était sur la route du retour. On s’échauffe, on se chauffe, on se déshabille. C. gémit. C. est comme qui dirait ravie de l’action qui se déroule. J’étouffe. Il y a ma conscience qui me dit de me casser de là, qui me dit que je suis la reine des connes de me retrouver dans une situation qui était on ne peut plus prévue. Je continue un peu à jouer mon rôle, à « lui faire plaisir. » Et puis tout à coup, j’arrête tout, je me redresse, me rhabille, dit clairement que je n’ai plus envie de rien. Dans ma tête défilent des gros mots, des mots vulgaires – ce qui est un très mauvais signe. J’ai envie de partir en vrille, de lui hurler dessus, de lui dire à quel point il me dégoute et à quel point il participe de ma propre déchéance, de ma propre désillusion – tous les mecs mignons que j’ai pu rencontrer étaient plus ou moins des connards assoifés de sexe qui finissaient toujours par avoir la moitié de ce qu’ils voulaient et regretter le reste.

C. fait une grimace, dégouté. « J’y était presque. » Je triomphe intérieurement, fulmine, énervée contre moi-même mais ravie de n’avoir pas cédé. Va. Te. Faire. Mettre. Libido à la con. Mec à la con. Caisse à la con. Je suis la reine des pommes au pays de conconland et je vais tirer ma révérence magistralement.

Je croise les bras, fronce les sourcils, fait part de mon mécontentement. Je lui balance dans la tête toutes ces pensées négatives qui m’on hanté pendant des heures. J’évite les mots comme connard, enfoiré, profiteur, menteur, imbécile, empaffé, abruti. J’essaie de rester maîtresse de mon corps et de mon coeur, quand en réalité j’implose. Ma langue est sous contrôle, elle au moins. Je lui dit que c’est étrange, que je pense que finalement c’est un menteur, que je pense qu’il a bien profité de moi, à se faire passer pour le client qui attend depuis un mois pour me booker et qui non seulement ne règle aucun rendez-vous, mais en plus s’imagine que le sujet de l’argent ne viendra jamais sur le tapis, parce qu’il aurait je-ne-sais-quoi-de-plus qu’un autre homme. Il me dit qu’il ne se rapellait même pas que j’était escort girl, me dit qu’il avait trouvé ça sympa que justement le sujet ne soit pas abordé, que ça faisait comme une belle coincidence, que finalement je l’ai rappelé. Parce qu’en plus je l’avais appelé sur le téléphone du boulot donc vraiment, il était quasi-persuadé de ne m’avoir jamais contacté rapport à mes services. Et son insinuation comme quoi on se serait rencontré rapport à vivamachin ? Et la fois où dans l’appartement il m’avait demandait ce que je pratiquais ou pas ? Il me prenait pour une conne ? Je lui ait dit que je n’était pas dupe, que au final, après tout ces rendez-vous, la seule impression qui me restait était qu’il avait profité de moi. Il cherchait ses mots, regardait ailleurs, agissait comme le patron-médiateur face à un problème. Je suis descendu de voiture frustrée et un peu calmée d’avoir trouvé le courage de lui dire tout ce qui était dans ma tête depuis tout ce temps.

J’étais lasse. J’étais lasse de ces rencontres à la con, de ces relations à sens unique, de ces types qui me tournent autour à cause de mon cul. J’en voulais à la terre entière et surtout à moi de toujours tomber dans le même paneau qui pourtant devrait m’alerter, qui pourtant m’alerte, et que pourtant je ne regarde pas.

Je suis rentrée à la maison, plus furax que jamais. Je me suis dit, plus jamais ça, plus jamais ça, plus jamais ça. Le lendemain, je l’ai appelé. Il m’avait dit de réfléchir à tout ça, de prendre une décision, que c’était « normal » qu’il ait envie de moi à chaque fois que l’on se rencontre, que de toutes les façons payer pour du sexe ça ne l’intéressait pas, qu’il voulait construire quelque chose de sérieux.

« Je ne veux plus jamais te voir. »

C’est comme ça qu’a pris fin la très décevante relation avec C., cette relation à laquelle je pense encore avec amertume et colère, et pourtant, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Il y a eu encore pire, par la suite. Il y avait déjà eu le crapaud, juste avant ça. Mon coeur s’étire, mon coeur transpire, mon coeur soupire. J’en ai marre de rencontrer les même vieux cons, j’en ai marre de rencontrer des types qui ne sont jamais là que pour tes fesses. Soit on m’aime trop, soit on ne m’aime pas assez, soit on m’aime par interêt.

Où est l’homme idéal ?

Chacha, qui avec son coeur en panne, voudrait une place dans une cure de désintox post-coïtale. Chacha est fatiguée, et bien sûr, déçue. Qui veut parier sur la prochaine fois où je sourirais ?

Publié dans : Non classé | le 19 février, 2008 |Pas de Commentaires »

Le Magicien.

Et je ne me trompais pas.

Week-end en famille plutôt bof. Grosse migraine. Gastro. Tout tourne dans ma tête. Est-ce à cause de cette double vie ? Je me refuse à le croire, me soigne, soupçone le kébab de la veille. Moralité : je ne mettrais plus jamais les pieds dans un kébab. Jamais comme dans pas-avant-longtemps. J’appelle J. Lui dit que je serais sur la capitale bientôt, je sais que J. est THE solution à mes questions, à mes longues interrogations, à mes angoisses et à ma poisse. J. c’est mon magicien. Il transformera mes larmes en or et ma crainte en sérénité. Grosso modo.

Il m’annonce qu’il est libre lundi soir. Ou mardi. L’indécise Chacha opte pour lundi soir puis mardi.

J. m’a donné rendez-vous dans un hôtel quatre étoiles, et comme à mon (incroyable) habitude, je suis arrivée avec du retard. Bon faut dire, Panam c’est genre la jungle et j’ai genre horreur des métros, des bus, des trams, de l’odeur nauséabonde et chaude qu’il règne dans le monde souterrain de la capitale. Quoi qu’il en soit, je m’avance quand même, gênée mais entêtée, histoire de lui dire quand même bonjour, de m’excuser pour mon retard et de repartir, car je suis persuadée qu’il n’aura plus le temps pour moi. Il n’en sera pas ainsi.

Je découvre une chambre luxueuse, du bois noble, des draps de tissu précieux, des couleurs ternes. Tout est étudié pour que séjourne en paix le nabab du pétrole, le médecin friqué, le banquier prospère. De la télévision géante à la douche avec rideau (enfin un hôtel où le design ET le côté pratique sont respectés), chaque détail a été minutieusement pensé pour respirer le luxe. Il n’y a que J. pour m’emmener dans des endroits aussi impressionants et pour réussir à m’y faire sentir à l’aise.

J. m’annonce qu’en réalité il a annulé le rendez-vous qu’il avait à cette heure-ci (un truc plutôt important à mon avis, malgré son essai pour faire comme si de rien n’était, ce qui me touche d’autant plus) pour être sûr de me voir. Je souris, ravie. Je lui dit que je trouve ça mignon. Je lui parle un peu de ce blues soudain qui m’est apparu durant le week-end, de ces rencontres pas si satisfaisantes que je fais, où je ne fais jamais que donner de moi, sans recevoir. Je lui parle – et le plus librement du monde – de mon week-end en famille, lui pose deux-trois questions par politesse (et toi ça va?) mais par curiosité aussi, m’allonge, me déshabille, joue avec sa vue et ses sens (ôte mes vêtements un par un, laisse ma main aller et venir, venir et aller sur mon corps en train de se réchauffer). J. est toujours aussi chou. Il éteind la lumière, la conversation quand à elle n’est bientôt plus qu’un murmure, un gémissement inaudible, un cri de soulagement.

On reste de longues minutes côte-à-côte, il me caresse le visage, me sourit, la conversation reprend petit à petit, à propos de Spinoza, à propos de David brooks, à propos de mon avenir et de mes études. Je voudrais tellement que cet instant dure toujours… J. ne m’a pas pénétré cette fois. Il y a eu, je ne sais pas, des caresses d’amant. Est-ce que J. se fait trop vieux pour ça? (il viendrait trop vite?) Est-ce que J. est trop pressé pour ça?(il ne viendrait pas assez vite?) Ma tête est telle la bombe sur le point d’exploser. Brossage de dent, sourire colgate, baiser volé. J. m’offre un bouquin, dans lequel il a glissé les billets qui règlent mes honoraires. J’ai compté du bout des doigts – il manquait une cinquantaine d’euros. Dis-le ? Ne le dis pas ? j’ai préféré ne rien dire. Et puis quoi encore ? J. c’est genre l’un de mes clients préféré, je ne sais pas, ça ferait fausse note. Peut-être qu’il s’est trompé. Peut-être que non. Quoi qu’il en soit, je suis épatée qu’il fasse naître en moi cette sensation de quiétude et de bien-être extrême, qui m’emporte si loin de la migraine causée à la simpe pensée de C.

Ma soeur m’appelle alors que nous sommes dans le couloir, on parle coupe d’afrique des nations, je fais la fille naturelle quand nous nous embrassons devant l’hôtel. Il traverse la rue – son rendez-vous est en face. Je reste sur ma fin,mon enchanteur est en partance pour le boulot et me voilà prête à reprendre le métro. (Je voulais faire une rime poétique là, mais bon ça a genre foiré.)

Je ne sais plus trop où j’en suis. Je sais juste au fond de moi, qu’il faut que j’annonce à C. que je ne veux plus jamais le revoir, et que je n’accepte plus jamais que des clients comme J. Sont-ils si rares ? Il faut pourtant que j’aille les chercher… Ma mission pour le lendemain, dire bye bye à C. en bonne et dûe forme. Et c’était pas gagné.

Chacha, partie à la pêche aux clients d’or pour un bout de temps.

Publié dans : Non classé | le 18 février, 2008 |Pas de Commentaires »

Tricher n’est pas jouer (deuxième partie)

Finalement, on se dirige vers la chambre. Arf, la chambre conjugale (je pense) qui n’est même pas au client ! Je découvre son corps plutôt mince, pas tellement musclé mais toujours plus ou moins athlétique dans l’ensemble. Je n’aime pas ses jambes – pas assez musclées à mon goût et de façon générale on dirait un « gamin » de mon âge ! Encore une fois, pas du tout le type de trente-ans-et-plus annoncé. On se déshabille rapidement. J’ai froid et j’ai besoin qu’on me réchauffe… C. me demande ce que je pratique, ce que lui expose posément. Il acquiesce, me dit qu’on est pareil tous les deux et je souris. Premier round. Au lit, C. est plutôt dominateur, il ne souffle pas un mot, il dirige à la force des bras. Le round est plutôt longuet et C. vient après de multiples changements de positions bien-charmants-ma-foi. J’en ai même découvert, cette fois. Entre-deux qui s’installe. Il me met des fessées, on se raconte des petites histoires de nos quotidiens qui nous font exploser de rire, je me sens tellement bien près de lui. Il me vanne et je le vanne en retour, il y une réelle complicité, j’aime vraiment ce moment avec lui. Deuxième round démarre. Si je trouvais le premier plutôt long, le deuxième sera interminable. Et pour cause : bien qu’il soit droit comme un i, il ne viendra pas. J’ai trouvé ça tellement chiant de faire une douzaine de positions pour rien – surtout que j’avais eu le temps de jouir. Quand je jouis vraiment, après ça, je ne simule pas, je me contente juste de m’atteler à la tâche de façon plutôt mécanique. Et mon Dieu, que c’est gonflant.

Passage obligé dans la salle de bain. J’aime me brosser les dents après avoir été en service (si vous voyez ce que je veux dire), pour moi déjà parce que ça m’assure d’avoir une hygiène buccale saine et ensuite pour les clients pour la même raison. Je sais qu’il ne faut pas se brosser les dents avant et encore moins tout de suite après, donc j’attends toujours de papoter un peu avant de le faire. D’ailleurs C. passe toujours derrière moi pour vérifier si je remet tout en place. Quand j’aurais besoin d’un mouchoir il la jouera même un peu James Bond 007 dans le genre, à remettre le paquet de mouchoirs dans l’axe et au centimètre près qu’il l’était à l’original. Je trouve ça ouf.

Alors qu’on monte dans la voiture, je trouve ça carrément trop ouf d’avoir accepté de venir dans cet appart. Bon, c’est un truc dont je me souviendrais au moins et pour deux raisons. D’abord, parce que faire l’amour dans des lieux à haut risque ça fait partie de ma top liste des folies à faire pour les dix prochaines années. Ensuite, parce que j’y penserais à deux fois avant de laisser mes clefs à un artisan qui est supposé régler un truc dans mon appart quand je ne suis pas là… Surtout vu l’aisance avec laquelle il se balade dans l’appart, touche à tout et va jusqu’à user de la chambre conjugale. C’est le côté gros danger qui m’a intrigué dans tout ça. Mais j’en tire aussi bonne leçon. Donc c’est plutôt fifty-fifty.

 Dans la voiture pour le retour. On papote gentiment, je suis toujous un peu frustré et surtout ça m’a saoulé qu’il ne jouisse pas et qu’on perde tout ce temps à essayer – j’ai dû dire de moi-même « tu crois qu’on y arrivera ? » suite à quoi il a fallut s’avouer que non. J’ai horreur d’avoir à faire ça – je veux dire, les mecs peuvent s’en rendre compte que c’est sans espoir alors ils n’ont qu’à s’exprimer au lieu de nous faire perdre du temps et de l’énergie (dans nous j’entend moi et mon partenaire pas nous-les-femmeuhhhh) ! Je m’attends à tout moment à ce qu’il me demande combien il me doit, et jusqu’à ce qu’il me dépose à l’endroit de mon choix ça n’arrivera pas. J’ai haussé les épaules et je me suis dit que tout ça avait été tellement charmant qu’il n’y avait pas lieu que je me pose la question. J’ai trouvé des vieux bouquins dans le coin d’une boutique que je fréquente de temps en temps. Je vous ai dit que j’adorais les vieux bouquins ? En conclusion : la journée était parfaite.

Le lendemain, C. au téléphone. Moi : « encore ? peut-être qu’il veut me payer cette fois… et peut-être pour l’autre fois aussi ? » On s’est donnés rendez-vous pour l’après-midi. Il vient me chercher près de chez moi (je prétends que je suis chez de la famille) et s’est garé sur le trottoir avec la même voiture qu’au dernier rendez-vous – une camionnette d’ouvrier, avec des outils partout. Je m’étais dit qu’il ramènerait une de ces voitures qui font « homme d’affaires » qu’il a évoqué lors de notre premier rendez-vous. Je le sens honnête à propos de ces deux voitures, mon sixième sens a rarement tort. La plupart du temps c’est juste moi qui ne l’écoute pas. En tout cas, C. m’ouvre la porte après s’être esclaffé parce que je n’y arrive pas moi-même. « Salut Chacha. » Je reste au téléphone avec un ami pendant quelques minutes. Il conduit vers je ne sais où. Il me demande après que j’ai raccroché si j’ai pas trop rêvé de lui, je m’esclaffe à mon tour. « Non non, ça va. » Il me demande où je veux aller, si je veux boire quelque chose. Il fait chaud dans la voiture – 29°C, il annonce. Je m’étais plein qu’on se caillait. Il a une despé dans un compartiment de la portière et il fume clope sur clope. Il me dit que la clope, c’est ça qui le fait rester cool. Je le houspille toutes les cinq minutes pour qu’il ouvre la fenêtre et lui dit qu’il est bête, parce qu’en buvant despé sur despé et en fumant clopes sur clopes il risquait de se pourrir la santé. « Ouais non mais je sais déjà… » Le téléphone sonne. Un type qui veut booker pour un rendez-vous, je lui dit de rappeler, en disant que je suis en très charmante compagnie. En raccrochant, C. prend l’air du type « ah non mais tu peux y aller ça me dérange pas. » Et puis quoi encore, c’est pas la fête.

 En même temps que j’aime pas qu’on m’appelle pendant que je suis en rendez-vous, en même temps ça peut être pour m’annoncer une grosse urgence, genre méga urgence, vous voyez. Hé ba non. Boaf, ça arrive. C. m’explique qu’il est un peu dégouté, parce qu’il sait pas si on pourra aller à l’apparte, me demande ce que je voudrais qu’on fasse à la place. Je hausse les épaules, dit que j’en sais rien, que ça ne me dérange pas si on fait des tours en voiture. Il acquiesce. On papote, on se vanne, l’ambiance se détend. Il dirige mes mains vers lui, il glisse des sous-entendus, j’esquive puis je cède. Je succombe. On finira par se garer dans un petit coin dans une ville éloignée, plutôt la campagne dans le genre. En même temps que mes lèvres embrassent son corps chaud, je suis furieuse contre moi-même d’avoir cruu une seconde qu’on pourrait avoir un rendez-vous qui ne finirait pas par un acte sexuel.

 Dans la voiture sur le chemin du retour. La conversation glisse et il finit par me parler comme si j’étais un de ses potes. Commentaires sur les filles qui passent, commentaires sur les femmes en général d’ordre mysogine dit sur le ton de la blague mais je sens qu’il croit à ces conneries à 25%. Il y a, je ne sais pas, une brèche qui se crée. Je ne dis rien, me contente de hocher la tête, je me sens toute secouée à l’intérieur. Il y a une partie de moi qui me dit, allez, c’est que des blagues, c’est pour te taquiner qu’il fait ça, et l’autre partie qui hurle à l’infâmie, parce qu’il n’a pas payé hier, qu’il ne paiera pas aujourd’hui, qu’il s’est fait passer pour un client pour avoir des relations sexuelles gratuitement (ce qui n’est pas mal mais pas quand on considère qu’il m’a contacté en tant « qu’escorte girl » non en tant « qu’amatrice de sexe chaude du cul » et autre noms du genre dont je me passerai bien et qui me font rire d’avance rien que de penser qu’il puisse en exister d’aussi vulgaires.) Je sais bien à quoi il joue. Il joue au mec qui me charme, qui rigole avec moi, mais qui bien qu’il sait que je suis escort girl ne paie pas. Il ne se prend pas pour un beau gosse comme il me dit quelques minutes plus tard, il sait qu’il serait super relou à vivre, qu’il ne pourrait pas vivre avec une femme, qu’il la soulerait rapidement, il pense. Je hausse les épaules. Je hausse les épaules et me dit qu’une femme a surtout besoin d’un lit avec des bons draps propres et d’une caisse décente pour rêver. Pas même en soie, les draps, pas même une chambre d’hôtel dans une hôtel trois étoiles, pas même une Roll’s. Une femme a juste besoin d’autre chose que de se retrouver à faire une fellation dans un coin reculé comme une prostituée à cinquante euro la passe et autre chose qu’une voiture utilitaire ni rangée ni propre. Je soupire.

, il me charme et me rebute. Je suis un peu secouée par ce rendez-vous, par ma capacité à… céder. Je le trouve charmant c’est vrai mais comme on est loin de notre première rencontre ! Comme on est loin de l’homme charmant et attendrissant que j’ai connu, que j’ai goûté, comme il se révèle avec le temps être le mec uniquement intéressé par mes courbes et par le fait que je sois escort girl, mais à volonté (et sans jamais passer par la caisse carte bleue.) On s’est arrêté à un moment à une station et il y avait un billet de cent euro plié en quatre dans un compartiement de la voiture. On l’a vu tous les deux. Il y a eu comme un moment de malaise. Lui – qui se disait surement que ça y est, j’allais lui demander. Moi – qui me disait que c’était un radin et un hypocrite, mais je me suis dit après coup que c’est sûrement des sous pour l’essence. N’empêche, je connais pas tant que ça de monde qui peut se permettre de foutre un billet de cent par ici et par là. Je commence à le détester et je me dis que je ne veux plus voir. On arrive près du point où je lui ait demandé de me laisser. Il m’embrasse, il me tripote, m’attire contre lui. Je le repousse gentiment. J’ai horreur de ça. J’ai HORREUR de ça ! J’ai horreur qu’on me tripote comme un bout de viande, qu’on me touche comme si j’avais 15 ans et que j’étais en pleine saison où mes hormones explosent. Et puis je suis pudique, je n’aime pas les grands épanchement d’affection (ou plutôt d’addiction) en publique. Il me dit à bientôt, je souris. En rentrant dans la gare la plus proche, je découvre que deux ado nous ont mattés. Je garde la tête froide mais j’ai horreur de ça. J’ai horreur qu’on me matte, primo. Et j’ai horreur qu’on me matte à mon insu et que l’on ne s’en cache pas par la suite. Ils m’ont regardé avec insistance, j’ai gardé la tête froide, marché avec insistance jusqu’au guichet, pris mes billets pour Paris et décidé d’oublier toute cette histoire. Je n’osais pas le traiter de con…d. J’étais comme, sous le charme et plus trop sous le charme en même temps. J’étais secouée de l’intérieur. Ce type qui a bientôt la quarantaine, la trentaine avancée, a non seulement le physique mais aussi l’attitude d’un gamin de mon âge. Or, j’aime les homme matures, pas les gamins.

Heureusement mon billet de train me mènerait vers J., le fameux J., qui je l’espérais, me ferais tout oublier.

Chacha, qui n’a pas vraiment de temps pour poster, mais pense sérieusement aux mises à jour…

[A Venir : le(s) pédophile(s), J., le chauvin, le patron d'agence d'escort girls, l'homme du voyage, Escort girl et Police, Réflexions générales]

Publié dans : Non classé | le 6 février, 2008 |Pas de Commentaires »

Tricher n’est pas jouer (première partie)

 

Cela fait une semaine que C. essaie de me booker. On conclut un rendez-vous en début de semaine, histoire d’apprendre à se connaître autour d’un verre. Il m’appelle deux heures avant le rendez-vous « Ca te dérange si je reste en bleu de travail ? » Moi, déconcertée, « non, non ! » Je me dis mais quel gus se ramènerait à une rencontre avec une escort girl habillé en bleu de travail ? D’un côté je me dis que ça ne le fait pas du tout, de l’autre je trouve ça plutôt rigolo. Je raccroche en souriant. Forte de mes expériences passées, j’ai en tête d’utiliser pour de bon mon alter ego et de laisser aller Chacha à sa guise. Je lui indique un endroit que je connais moyennement et on se cherchera ainsi pendant plusieurs minutes avant le rendez-vous. Pendant ce temps-là, je pense même à annuler la rencontre puisqu’il pleut et qu’il fait froid, mais finalement on se trouvera. Surprise. C. est probablement l’homme le plus charmant que j’ai jamais rencontré.

Physiquement, C. fait très jeune par rapport à la trentaine avancée qu’il annonce (il n’a jamais dit précisément l’âge qu’il avait mais n’arrête pas de répéter cette phrase vieillote « j’ai l’âge de mes artères » ou bien « c’est un jeune c’est normal » et des trucs du style « à mon époque »… Pouah, des phrases de « vioks »…) Il a pull rouge par-dessus un t-shirt blanc et un pantalon type bleu de travail – alors que je m’imaginait très franchement qu’il serait totalement en bleu. Soulagement. Il me charrie un peu comme quoi je ne connais pas la ville et je ris en mon for intérieur puisque ça fait plus d’une dizaine d’années que je vis là. En gros, il rit du personnage qu’il incarne. On change vite de conversation, j’ai le sourire aux lèvres au gré de nos discussions, j’aime sa façon subtile de me chambrer, son sourire adorable, son physique, sa mentalité, sa façon de voir les choses et de les partager. Il est tellement charmant. Il a un sourire tellement mignon. Tout à fait le type de mec qui me plaît, bien que je répète que je n’ai pas de types de mecs. Disons qu’en fait il ressemble à ce que j’apelle un beau mec. J’ai pas utilisé cette expression depuis que j’ai 13 ans. Ca date (je dis toujours « un beau gosse » ou « un canon » ou « une bête. » Beau mec, ça fait ado en puissance, je trouve. Mon opinion.)

C. parle de l’époque où il était au collège, dans ce collège à l’autre bout de la ville, dont je n’ai pas vraiment entendu parler. Collège de cancres(syn) en général, des files des branleurs fils d’ouvriers qui se battaient pour arriver en retard, myriade des bas fond tous destinés sans exception à un BEP quand lui est le seul à faire un CAP. Des années plus tard, lui, le vilain petit canard est devenu un chef d’entreprise prospère, le seul de sa promotion. Quand il passe dans le quartier, on le salue – « on », c’est ceux qui pointent aujourd’hui au chômage, détenteurs d’un diplôme-bouche-trou (le BEP) qui était pourtant le choix star de ceux qui ne voulaient pas passer pour les rebuts de la société mais qui aujourd’hui se rendent compte que ce diplôme (seul du moins) ne vaut rien sur le marché du travail. « Tu vois, tout le monde se disait que le CAP c’était archi-nul, c’était pour les mecs qui ne fairaient rien de leurs vies. Moi je savais que je n’étais pas fait pour l’école, le plus tôt j’ai arrêté, le mieux je me suis sentie. Mais depuis, j’ai bossé dur. » Attentive et concentrée, passionnée même, je l’écoute me raconter sa propre histoire, me brosser le portrait de l’homme qu’il est en toute humilité. Il symbolise à lui seul le genre de success stories que j’adore et que j’entends rarement. On embraye sur le nos souvenirs d’enfance, nos plus grosses bêtises, nos amies, la musique qu’on écoute… le pouvoir d’achat (sujet qu’il ne faudrait jamais aborder avec un client dont je me suis haté de clore le débat), la façon dont on idéalise l’adolescence quelques années plus tard. Au cours de la discussion, je me sens parfois gênée, j’ai envie de lui dire dans quel lycée j’ai été vraiment, parce que malgré que ça soit un lycée de fils à papa, ça le fait grave quand je dis que je viens de là. Je me sens gênée et emprisonnée dans le rôle que je me suis confiée, c’est dur parfois de ne pas pouvoir lui confier au moins un peu la vérité sur qui je suis vraiment.

Le rendez-vous prend fin quelque une heure après – c’était un rendez-vous éclair, le temps a filé à une vitesse incroyable. Pendant qu’on attend que le garçon de café s’occupe de nous au comptoir, il me dit qu’il ne se souvient pas bien comment on s’est rencontrés ni pourquoi… Il me murmure « allez dis-moi… » Je lui dis que non, que ce n’est pas grave. Je me dis qu’on ne se reverra pas, je trouve ça étrange qu’il ne se souvienne pas de tout ça mais je me dis qu’après tout c’était super charmant comme rencontre. Je trouve ça bizarre qu’il me dise ça maintenant et pas en début de rencontre, soit il me prend pour une abrutie, soit il est vraiment très bête. Je préfère ne pas trop y penser, secouer la tête, lui dire de laisser tomber. Je lui ait dit que de toutes les façons il n’entrait plus dans la perspective que j’avais d’abord en le rencontrant, que ce n’était pas vraiment la peine que je lui rappelle le contexte s’il ne s’en rappelait pas lui-même. Je l’avais classé dans la catégorie « dommage-je-me-le-serai-bien-fait » tout en me disant que je ne le reverrai plus jamais puisque c’est par l’escorting qu’on s’est rencontrés et de plus c’était le premier homme avec qui j’usais des caractéristiques de mon alter ego. Ce qui signifiait en gros que je lui avait menti pour la bonne cause et que par conséquent rien n’était plus envisageable autre que la relation escort-client. Or, le voilà qui insistait même après que l’on soit sorti du bar, et tout à coup je me suis rappelé sa phrase lors de notre tête à tête : « pour tout te dire je désesperais que l’on se rencontre un jour, ça fait plus d’un mois que je t’ai appelé ! » Wow. Ce mec me voulait vraiment.

On était là, debouts l’un face à l’autre, sur le point de se dire au revoir. Il insistait encore et encore. Allez dis-moi. Non. Non mais dis-moi, sois honnête ! Euh ce n’est pas parce que je ne te dis pas que je ne suis pas honnête ! Non mais attend… C’est vivamachin, c’est ça ? Viva quoi ? Non mais tu plaisantes ? Jamais ! Mais ça a un rapport avec ça. Ah et c’est combien de l’heure ? Face à son visage trop charmant, j’ai baissé les yeux et murmuré le tarif habituel. Quand j’ai levé à nouveau mes yeux, il faisait une grimace en se grattant la nuque. On s’est fait la bise et nos chemins se sont séparés.

Un quart d’heure plus tard, à l’arrêt du tram le PA me surprend en train de rêver. P… ! Mes deux vies n’ont jamais été si près de se confondre ! En règle général, j’ai besoin d’une petite heure pour me remettre de mes rencontres mais là wow… Ca va trop vite. On échange quelques mots, il s’étonne de me voir maquillée, je réponds que j’en avais envie, voilà tout. J’ai encore en tête la conversation délicieuse avec C., son sourire charmant, sa moue grimaçante à la fin du rendez-vous. Il m’a promit de m’appeler bientôt.

Le lendemain avec C. au téléphone, on fixe le rendez-vous pour le jour suivant, quelque part dans une des maisons en chantier dont il doit s’occuper. Je ne comprends pas bien le délire, mais pour moi tant qu’il a quelque part où on va se poser, pourquoi pas. Dans la voiture on reprend notre conversation là où on l’a laissé la dernière fois. C. est l’anti-thèse de l’homme idéal. Il n’aime pas ce qui touche de près ou de loin à l’informatique (sans être une geek j’aime ce qui a trait aux nouvelles technologies), s’habille toujours en bleu de travail (mais a quand même mentionné que le peu de fringues qu’il a sont des fringues griffées), aime aller à l’essentiel. On se chambre gentiment, la conversation dure jusqu’à ce que l’on se retrouve devant la porte de l’appartement. Il met cinq minutes à trouver la clef, puis il attend cinq minutes quand il commence à la mettre dans la serrure, puis on entre enfin dans l’appartement. Durant tout ce temps j’ai froncé les sourcils, genre y’a-quelque-chose-qui-cloche. On s’est assis, il a regardé un peu à droite à gauche, a vérifié le courrier du propriétaire de l’appartement (« non mais juste au cas où elle aurait des avis impayés ou quoi… »), fouille dans le frigo (« ah nickel le frigo est plein ! »), m’offre un verre et on papote un peu. Le truc quand j’ai de grandes affinités comme ça avec un homme, c’est qu’il y a deux issues. Soit je veux le dévorer, soit je veux en faire un ami. Avec C. c’est plutôt la second option.

A ce moment-là je me demande si finalement je me laisse aller et je franchis le pas, ou bien préferais-je que mes sentiments amicaux nouveaux-nés prennent le dessus ?

Publié dans : Non classé | le 29 janvier, 2008 |2 Commentaires »

L’homme qui n’a pas de prénom (suite du Crapaud.)

Dans le taxi, je reçois plusieurs coups de fils et textos de mon dernier rendez-vous de la soirée. « Tu es prêtes pour une soirée de folie? » Ma réponse ne tarde pas : « Plus que jamais ! » Le taximan est plutôt sympa. Conversation plutôt trip’, pas trop d’arnaque dans la façon de conduire. On arrive rapidement à bon port.

C’est un type qui a la trentaine, un grand sourire aux lèvres (surement parce qu’il a réussit à me faire déplacer pour une cinquantaine d’euro en moins que mes tarifs habituels), commercial-avec-présentation-irréprochable dans l’attitude et dans l’allure. Je réponds avec un sourire à mon tour, je me pose sur son lit, il a commandé un dîner et a demandé à se faire servir dans la chambre car il ne s’attendait pas à ce que j’arrive de sitôt. Je me suis moi-même épatée d’être à l’heure. Finalement, on conviendra que j’aille sous la douche – implicitement jusqu’à ce que son repas soit livré. J’ai mit probablement une vingtaine de minutes sous l’eau chaude. Ce que je déteste dans les hôtels de standing c’est qu’ils en mettent tellement dans le design qu’ils oublient le côté « utile », c’est-à-dire qu’ils mettent le paquet sur le design et l’élèvent tellement au rang d’art qu’ils ne se rappellent plus qu’il faut avant tout penser à ce que ça ne soit pas possible de mettre de l’eau partout. Bon l’avantage c’est que c’est de taille moyenne donc on n’étouffe pas avec la chaleur comme dans les hôtels cheaps. Mais bon.

Je le rejoins dans la chambre. Je ne sais même pas son prénom, mais pour être honnête je m’en tape un peu. Des fois je me trouve vraiment abusé comme fille, avoir des relations physiques avec une personne dont j’ignore la base de l’identité… Boaf. Je pense que je me fais à l’idée. Disons qu’en fait, je n’ai aps l’impression que ça soit « si abusé que ça » vu que l’essentiel réside dans le langage des corps. Ou peut-être que c’est simplement une excuse que je me donne. Who knows. Quand j’étais sous la douche, je me rappelais des dizaines de témoignages et de conseil que je lis d’ordinaire et je me disais « bon sang et s’il fouille dans tes affaires? » S’il fouille bah… il fouille, quoi. Par là je veux dire que ç’aurait de toutes les façons été trop tard. Et puis encore quand c’est dans une maison, je conçois tout à fait que l’on puisse prendre ses affaires avec soi – dans une chambre d’hôtel même de standing, ça paraîtrait décalé. Mon humble opinion. De toutes les façons de retour dans la chambre, je ne constate aucun changement dans mes affaires – même si je n’avais pas vraiment prêté attention à la façon dont je les avait laissés avant la douche.

Alors que je me brosse les dents il vient en serviette dans la salle de bain, me caresse les fesses avant de se glisser sous la douche à son tour. Je souris. Quelques minutes plus tard nous voilà sur le lit… « Tu me fais un massage ? », il me demande. Je hausse les épaules, réplique que je ne sais pas les faire. Il s’allonge quand même sur le ventre et je le caresse plutôt que je le masse, je commence à l’embrasser, à le mordiller… C’est vraiment bizarre ce truc de « massage. » Bon, c’est pas vraiment « bizarre » en fait vu que tout un chacun sait que les masseuses sont souvent des prostituées mais bon je trouve ça assez étrange comme introduction. Je veux dire… Je ne fais pas des annonces en disant « kinésithérapeute en herbe je vous propose de vous relaxer pour quelques centaines d’euro de l’heure »… Ca ne rimerait à absolument rien ! Donc franchement quand une fille s’annonce comme une escort girl il ne faut pas s’attendre à un massage ou je ne sais quoi. Non mais franchement… Bref… Je commence à oublier le Crapaud et mes mains vont et viennent à leurs guise sur son corps athlétique et chaud.

Les caresses se multiplient, les sourires s’échangent, les regards se font de plus en plus invitant et ma bouche en bonne hôte se doit de l’honorer… Bientôt, le fruit de son plaisir recouvre ma poitrine. C’est la première fois véritablement qu’un client (qu’un homme ?) jouit à cet endroit. Son sperme est compacte, jaunâtre, pâteux. On est loin des perles délicieuses de J2 – ah, mon J2 à moi… Il pousse un soupir qui sonne comme un râle de soulagement et me dit comme ça, « tu devrais aller te rincer avant que ça coule partout. » Non, sans déc’ ? C’est la première fois qu’un homme m’indique clairement qu’il ne veut pas « tâcher » les draps. Les autres s’en tapent un peu, parce qu’en général, je me dis, ils ne dorment pas dans la chambre d’hôtel.

Entre-deux qui démarre. On regarde la télé d’un oeil (Le Diable s’habille en Prada – c’est le câble je pense), on discute de tout et de rien, il me demande depuis combien de temps je fais ça, si ce n’est pas trop dangereux et toutes ces p… de phrases dont je me passerais bien (nota bene : mettre ça en rouge sur mon site officiel dans la rubrique « étiquette » dans quelques minutes.) Lui parcontre, il le dit d’un ton pas tellement inquisiteur. Y’a certains mecs qui me demandent et je me dis « putain non mais quel con » et je réponds poliment. D’autres demandent et ça ne me fait rien. Fin bref. Question d’alchimie je pense. Donc, l’homme sans nom (ça doit être le troisième dans le genre que je côtoie) a envie que ça reparte… Et moi aussi, tiens :)

Nos jambes se croisent, nos mains glissent, très vite je me retrouve sur le dos, à faire cette position que J2 et moi on fait tous le temps lors de nos rencontres. Le hic, c’est que J2 fait bien gaffe d’être doux et que cet homme y va comme fort… J’ai envie de partir, je me demande ce que je fous là, ma conscience me dit de tout arrêter tout de suite parce qu’il est vraiment en train de me faire mal alors je tente de me dégager de son emprise et murmure « arrête… arrête… », il repousse mon bras, change un peu de position, me dit « quoi, qu’est-ce qui ne va pas? » avec la voix du mec qui est en plein effort intensif et qui ne voudrait pas être dérangé (désolée d’être là !) 

Je me débats encore quelques minutes et petit à petit je glisse sous son corps et nous changeons de position – une position bien plus confortable. Je soupire, soulagée et bientôt satisfaite…

Nous retournons successivement sous la douche avant d’appeler le taximan qui m’a déposé quelque une heure trente plus tôt. Il ouvre la fenêtre et commence à fumer dans la chambre d’hôtel. Il tourne en rond, et comme il parle, je me dis qu’il est le type même de mec dont je pourrai facilement tomber amoureuse. Manteau trois-quart classique, chaussures type homme-d’affaire-prometteur noires cirées, regard ambitieux, sourire Colgate ; je me surprends à me demander à quoi ressemble sa légitime, pour quel type de boîte il bosse. Il ouvre la fenêtre, guette l’arrivée du taxi. Il fait des commentaires du style « je serais bien resté dans mon lit. » L’instant de cinq minutes je me dirais bon allez, laisse-le là et retourne à la casa. Ca n’a duré que cinq minutes. Je voulais quand même un happy ending à cette soirée et ce happy ending-là se traduisait par du cash.

On conclut que je dois aller attendre le taxi la première, parce que l’hôtel fait gaffe aux allées et venues des clients. Dix minutes dans le froid plus tard, la voiture arrive. Je bippe l’Homme sans nom qui rapplique quelques minutes plus après. Direction un distributeur automatique et puisqu’il se fait tard, on déposera l’Homme sans nom sur le chemin du retour à la maison. Ce dernier prétexte devoir déposer des documents au chauffeur, chauffeur qui, lorsqu’il sera descendu, commentera brillamment : « des documents et il n’a rien sous la main ! » Pas bête, l’animal ! Chacha répliquera qu’en fait il s’agit d’une transaction financière, quelque chose comm ça. La fille (moi) : « je n’en sais absolument rien, vous savez ! » La conversation devient plus triviale encore quand j’évoque un article que j’ai l’u récemment dans un féminin ce mois-ci traitant des « hôtes », cette version soft des escorts boys qui gagnent des sommes pharamineuses en draguant des filles à coups de poncifs bas de gamme. Le taximan me dit : « mais vous savez, il y aussi des filles qui font ça ! » Moi : « non, vraiment ? » Explosion de rires en mon for intérieur. J’adore ces moments où je me joue de tout le monde et avant tout de moi. L’Homme sans nom s’assoit à nouveau à mes côtés alors que le conducteur du taxi et moi échangeons nos désirs de partir pour tel ou tel pays chaud pour les vacances d’hiver.

Alors que nous sommes à un rond-point, il se penche vers le conducteur et dit « non mais on n’aurait pas dû passer par là ? » et en profite en fait pour me glisser les billets. Ca faisait très James bond 007 comme manoeuvre, très je-détourne-l’attention-prend-tout-ce-qu’il-y-a-dans-le coffre. On ne m’avait jamais fait ce coup-là avant. J’ai bien trippé.

En rentrant à la maison j’avais le big smile. J’avais encore quelques flashs de mes minutes avec le Crapaud (j’aurais dû baptisé le post précédent comme le topic que j’ai vu sur ce forum d’escort girls : « les escorts girls aussi se font arnaquer ») mais de façon générale, je me sentais bien. D’autant plus que je m’accrochais aux bribes de conversations avec J2.

Le souvenir du Crapaud me hantera quelques jours et me quittera. Je me suis demandée, est-ce que je m’habitue à être une fille sale, de celles qui encaissent tant bien que mal les premières marques de manque de respect et s’y habituent à la longue ? J’en ai conclut que non, que j’étais juste le genre de filles qui se rébellerait toujours face à de l’irrespect mais qui savait aussi faire table rase du passé et être en paix avec de pauvres types qui fatalement ne le seront jamais avec eux-mêmes.

Pour ce qui est de l’Homme sans nom, il a rappelé en milieu de semaine dernière. L’Homme sans nom est du style homme pressée, bonne présentation, tchatche moyenne. Niveau conversation parcontre, que ce soit par le biais du téléphone ou en tête-à-tête, faut pas s’attendre à des discussions de folie. Il m’a demandé si je ne faisais que des rencontres vénales, j’ai bredouillé non. Suite à quoi il m’a dit que ça l’excitait plus, que ce serait sympa si on pouvait se voir dans un cadre différent, j’ai dit pourquoi pas. Il devait rappeler en fin de semaine, il ne l’a pas fait. Ouf. Je ne suis pas prête à sortir du cadre de l’escorting avec un homme qui certes est athlétique sur le plan horizontal mais qui n’a rien de palpitant sur le plan vertical. La prochaine fois qu’il appelle, je décline poliment l’invitation.

Nous avions rendez-vous avec J2 il y a une semaine – mais j’étais alors en déplacement. Puis nous avons reportés à hier et j’avais la big flegme. Quand il a appelé pour que l’on se voit, j’étais démaquillée, démotivée – je crois que de façon générale je suis démoralisée. Il a été très déçu quand je lui ait dit « je n’ai pas envie de venir. » Il était déjà en route, plus prêt que jamais à ce que l’on se voit enfin, m’ayant confié quelques jours plus tôt qu’il ne jouissait que lors de nos rencontres. J’ai senti dans sa voix la tristesse que connaît l’amant éconduit. Je me suis sentie tellement bête de lui faire du mal, tellement stupide d’être si flegmarde. Pourtant tout n’était pas perdu, j’aurai pu me lever et y aller, avec du retard certes, mais y aller quand même. Au lieu de ça, je suis juste restée chez moi, avec l’envie grandissante de faire quelque chose de ma journée sans vraiment trouver quoi. Je ne crois pas que ça soit de la flegmardise à ce niveau-là. Ca ressemble plutôt à un soupçon de perte de moral sévère.

Chacha, aussi connue sous le nom de Mademoiselle-chante-le-blues.

Publié dans : Non classé | le 26 janvier, 2008 |1 Commentaire »
123456...13

artscellement |
FaiS GaFfe A mon BloG ^^ |
un bout de chemin......... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | UN AN DE MA VIE
| angelca29
| Monde en noir