Le squelette (ou la vérité sur les hommes minces)

Nan mais le titre est juste genre attrape-couillons dans le genre. Désolée si vous atterissez là. Il n’y aucune vérités sur qui que ce soit dans ce blog – ou alors, ce serait genre pas intentionel et tout ça. Vous croyez que je devrais faire un disclaimer type « tout ce que vous lirez est purement de la fiction » et tout le toutim ? C’est pas la question ? Ok, pigé.

Vous vous rappelez du rendez-vous que j’ai dû annulé après mon rendez-vous décevant avec J2 ? Hé bien j’avais déjà annulé un rendez-vous la veille (alors que j’avais rendez-vous avec M.) ce qui la foutait plutôt mal parce que annuler deux rendez-vous après en avoir confirmé un à moitié et l’autre totalement – et avec aplomb en plus – ça ne se fait tout simplement pas. Or, Chacha est douce, chacha est intelligente et surtout Chacha est polie.

J’ai donc pris mon téléphone et composé le numéro de G. Il a un nom italien mais très honnêtement pas d’accent spécial au téléphone. D’ailleurs la voix de mes contacts me déroute bien souvent. Les suaves sont des obèses. Les sirupeux des pervers. Les normal-bof des squelettes.

G. me dit donc pas de soucis-tout-ça, ça m’a fait suer mais c’est ok, j’apprécie que tu rappeles-tout-ça. Une semaine plus tard mon téléphone sonne, c’est lui (bien sûr vous aviez deviné, pas la peine de triompher, ça veut tout simplement dire que vous suivez l’histoire, pfff.) Il me dit qu’il voudrait booker pour le début de semaine prochaine. N’y voyant aucune objection, je lui dit que je serais ravie de le rencontrer et lui dit à très vite.

Quelques jours plus tard, me voilà partie dans un cache-cache sans nom dans la ville. G. m’a dit qu’il serait à l’hôtel M., or c’est justement l’hôtel où j’ai rencontré mon (client) « Favori » (J.) et de par le fait je connais très bien la route. Enfin, c’est ce que j’ai cru jusqu’à ce que je me perde un peu dans le dédale des rues, avec mon sens de l’orientation sévèrement mis à mal (enfin il n’a jamais été très brillant de toutes les façons, ce sens-là) et mes nerfs qui commençaient à sérieusement être tentés de faire une crise. Coup de fil. G. décide de passer me prendre. Nom de la rue donné, GPS mit en route, roues qui crissent. On dirait un film d’action et puis en fait, bah nan, c’est que ma vie.

Heureusement, c’est pas comme ça tous les jours.

Après beaucoup de pensées du style « putain ça va durer encore combien de temps ce manège! » et autres tentatives (ratées) de rester zen, le moteur de la caisse de G. s’avance, tel le carosse dans le conte de fées. Je monte, à moitié ravie d’être enfin avec lui, à moitié totale larguée de n’avoir plus de batteries, ni de crédit, ni l’envie d’aller plus loin. G. ouvre la bouche.

Non, je veux dire, G. ouvre la bouche.

Il a un cheveux sur la langue. (-__-)

Comprenez, j’adore les seveux (euh cheveux) sur la langue chez une femme, je trouve ça mignon tout plein et à la limite érotique (mouais faut voir – bon vous avez compris – je sais pas y’a bien des mecs qui aiment ça chez des femmes non ? Non ? Ok, je reprends où j’en étais.) Mais chez un homme, c’est anti-sexe à mort. Pour moi en tout cas. Je veux dire, vous voyez un mec canon au bar d’un café, vous vous approchez style je-vais-te-lâcher-mon-06 m’voyez, et tout à coup il ouvre la bouche et dit des « s » à la place des « ch. » En plus de ça il est chti (bienvenue Chacha – merci, je m’en serais bien passée.) En plus de ça il aime la course à pied et a été plutôt bien classé (attention ça casse pas des briques niveau classement mais c’est pas mal pour un amateur) aux dernières courses de Chépluou. En plus de ça il a une passion : les chiens (il a des rott’.) Glamour, vous avez dit glamour ? Vous vous êtes trompés de blog.

J’essaie quand même de le trouver charmant, un petit air machin, un petit truc comme-ci mais malgré mes tentatives de sauver la face, il y a je ne sais pas… Rien. Rien comme dans rien. Rien de chez rien. Tout simplement rien. Il y a un vide intersidérale, un gouffre abyssale qui nous sépare. Pourtant il n’est pas repoussant (malgré qu’il soit chti avec un cheveux sur la langue et qu’il adore ce truc entre jogging et marathon et qu’il a des chiens qui font flipper comme passion) – je veux dire, il a visage plutôt commun. Chacha, putain, essaie de trouver un truc, vite, viiiite. On est déjà dans l’ascenseur et il faut que je trouve un truc parce que sans truc, cette petite étincelle qui fait s’allumer la flamme des deux amants éphémères, prendre son pied est impossible. Or, je compte bien m’éclater. (Au fait, l’hôtel M., en fait, il y en a deux dans la ville, deux grands, le même nombre d’étoiles – quatre – mais à deux endroits différents de la ville. You-pi.)

Puisqu’on est là, entre nous et tout ça, je vais vous dire la vérité. J’ai horreur des hommes minces. Ouuuuuf – ça y est c’est dit, c’est fait. Je veux dire, pas les mecs qui rentreraient dans une certaine « norme », type pas musclé ni rondouillet mais juste-ce-qu’il-faut. Je parle des hommes « minces » genre très minces, squelettiques presque. Ils me font flipper. Ils me font penser à cet ado anorexique que j’avais cotoyé lors d’une hospitalisation et dont j’avais hérité du dessert (on m’a annoncé qu’il était anorexique APRES que j’ai mangé son dessert, ça va je suis pas totalement une garce non plus – quoi que – non vraiment pas, je ne suis pas une garce. Enfin je me soigne. Enfin bref.) Ils me font penser à ces types mal dans leurs peaux, célibs de longue date, incapable de se trouver une fille et d’être à la hauteur pour la garder pour ceux qui en trouvent. Aucun sex-appeal. Et pourtant, vous allez rire, 98% des types minces avec qui il y a eu « rapprochement sévère au-dessous de la ceinture » veulent dominer au pieu, adore les gorges profondes, se comportent mal envers la gente féminine, ont des fantasmes plutôt SM (ou carrément pervers.) La plupart du temps, il faut que je fasse un travail sur moi pour éradiquer de mes pensées tout ces préjugés que j’ai à propos des hommes très minces. Je veux dire – et si ça venait de moi ?

Peut-être que c’est parce que c’est ma vision de l’homme : un homme, un vrai, est un homme fort physiquement, donc logiquememnt je préfèrerai me taper un type un peu rondouillard (type M.) parce qu’il confirmerait ma vision de l’homme qui rassure, de l’homme qui gère, de l’homme quoi. Je me suis dit – et si c’était dans mes gênes, cette vision de l’homme ? Ok, je suis obsédée par l’idée d’avoir des bébés métisses (demandez à Fab’, il vous le dira – Fab je veux la même que la tienne, elle est TROP belle…), ok je suis globalement plus attirée par des caucasiens que des blacks mais n’empêche, cette image de l’homme fort, de l’homme musclé et tout ça, est-ce que c’est pas une vision africaine de l’homme ? Où l’on en viendrait au fait d’admettre que malgré ma réticence à avoir des visions « clichés » de l’Homme et de la société, il y a quand même quelque part en moi une façon génétique de voir les hommes, une vision africaine de l’Homme. Peut-être que c’est comme vous savez quand j’étais en CM2 (ouais ben je raconte ma vie, c’est pour ça qu’il est fait ce blog, nan ?) et qu’on devait faire un masque. J’avais choisi comme couleurs dominantes le violet et le jaune et la prof s’était extasiée en voyant le résultat « ça fait très masque africain avec ces couleurs, c’est joli ! » alors que je n’avais pas DU TOUT l’intention de faire un masque africain. J’avais souris timidement. Dix ans plus tard, on m’a dit qu’elle était raciste, elle avait probablement voulu dire « c’est bien de l’artisanat de chez toi, petite négresse », mais à l’époque le racisme n’était plus so-hype (j’ai l’impression d’être la voix off de Tout le Monde Déteste Chris.) En gros, comme toujours avec moi, cette réflexion sur ma vision de l’homme comme fatalement liée à l’image de l’homme noir est prouvée et infondée à la fois. Fais chier.

En bref, j’ai toujours quelques « trucs » pour arriver tout de même à surmonter mes préjugés et à prendre mon pied avec un homme mince. Par exemple, je peux les rapprocher de tel ou tel acteur plutôt beau-gosse à qui je penserais si nécessaire durant l’acte finale de notre histoire (l’écharpe rouge.) Ou bien j’essaie d’esquiver à tout prix l’acte finale et je me contente de garder le souvenir d’une charmante conversation (A., le pervers.) Ou bien alors il est carrément canon (C., le businessman.) Il y a des trucs, comme ça. Mais on est déjà à l’étage et p… de b… de m… je n’arrive pas à trouver quoi que soit pour créer une connexion, même superficielle avec G.

On s’allonge dans la chambre. L’atmosphère est humide. Il met la télé en marche et on se détend. Je grimpe sur le lit, m’allonge nonchalament, m’apprête aux questions habituelles, à la mise en bouche qui consiste à parler un peu. Je croise virtuellement les doigts pour que cette conversation réveille quelque chose en moi. Peut-être est-il un gros fan de Burning Spears ? Peut-être qu’il a des chaussettes porte-bonheur dont il aimerait me parler ? Peut-être que… Ah ouais non, même pas ? G. est déjà en train de glisser sa main – glaciale – sous mon bustier. Un peu de tenue, quand même, non ! Non. G. est juste parti dans son délire sans moi. Il est juste là, et je suis juste là. Deux objets en collision.

Je vous avais prévenu.

Il m’annonce que s’il est extrêmement mince (oh mon dieu – « cachez moi ces os seillants que je ne saurais voir ») c’est justement à cause des marathons qu’il fait. Mouaif. Il enlève son t-shirt en disant ça, ce qui me dégoute encore un peu plus. Un homme avec des poignées d’amour, c’set mignon, on bondit dessus, on les mord, on les empoigne quand on est dans nos chevauchées fantastiques, nos envolées physiques. Un homme maigre ne fait pas rêver. En tout cas, pas moi.

Ses mains glaciales me visitent. « Bonjour petits seins, comment allez vous ? – Cassez-vous, choses glaciales! » (dieu que j’aurai aimé que mes seins aient la capacité de parler…) J’essaie par tous les moyens de trouver un truc, une connexion, je sais pas, n’importe quoi. Mais non. Je reste juste là à subir l’assaut de son corps trop mince contre ma forteresse de désillusion et à part mon dégout qui se creuse avec le temps, rien ne se passe.

Bien sûr, en plus d’avoir à peu près tous les défauts du monde (dois-je rappeler qu’il est trop mince, qu’il a pour passion des chiens qui font flipper et tout le reste ?), il a très mauvaise haleine. Et pour la première fois depuis que je suis escort girl en service, je découvre un homme qui a une mauvaise hygiène personnelle (bon niveau premières-fois trash je sature, y’a pas genre un beau mec super baraque avec un compte en banque énorme qui a envie de m’appeler ? Non parce que là, honnêtement, j’ai donné.)

Son pénis n’est ni beau ni moche – bien que évidemment, sur le coup, je le trouve très moche dans l’ensemble (son corps, sa tête est « potable » – comment mes potes appellent ça, déjà, quand il s’agit d’une fille ?… Mmmm, une crevette. Ah non, chez une crevette le corps est potable, la tête ne passe pas. Donc ben G. c’est genre l’inverse du « principe » de la crevette, v’voyez.) Mais ses testicules sont genre… énormes. Genre le mec qui n’a pas eu de relatiosn sexuelles depuis pfffffouuuu. Quelque chose comme un bail. J’ai eu deux-trois clients dans le genre, mais ça ne m’a jamais vraiment dérangé ou choqué ou amusé. Je respectais leurs intimité et ce n’était pas des détails qui « servaient » mes posts. Or, ma rencontre avec G. comme vous pouvez le constater est juste une succession d’échecs.

Position peu confortable, au-dessus de G. Je me dis qu’au moins, si la connexion spirituelle n’est pas au rendez-vous, peut-être que la connexion physique elle… Tu parles. J’essaie de le regarder – il ferme les yeux. J’essaie de l’embrasser – il a une très mauvaise haleine. J’essaie de, je ne sais pas, prendre sur moi, essayer de penser à autre chose pour prendre mon pied – rien ne me vient. A un moment, je lui demande de me régler mes honoraires, « parce que dans le passé… », je commence. « Tu t’es déjà fait avoir ? », il finit, triomphant. Moi, vexée : « pas du tout, c’est simplement que j’oubliais. » Il glisse les billets dans ma main et je me sens un peu triste – à présent, je ne peux plus le nier, je suis passée dans la catégorie professionelle. Je ne suis plus l’escort girl gentillette qui rêvait de les rencontrer et peut-être de tomber amoureuse d’eux et tout le blabla – dans ce monde, si on te paie, tu passes sous la table ; si on ne te paie pas tu passes à l’as. Or je compte bien survivre. Fin bref.

A partir du moment où j’avais accepté ses billets, je savais que ça allait être l’enfer. Je n’arrivais même pas à partager quoi que ce soit avec lui. J’était juste son jouet – sorte de poupée gonflable parfum chocolat qui se mouvait comme il le souhaitait.

Bien sûr j’avais des feintes comme accélerer le processus de la fellation (vous savez quand vous allez super vite avec la main gauche et que pendant ce temps la langue se… ouais non, laissez tomber) mais il y avait toujours sa main immonde (trop mince et qui sentait la… sueur?) qui se rapprochait de mon visage pour me dire d’aller « plus doucement. » Il a prononcé cette phrase au moins dix fois. Pfff.

Je pensais à ce témoignage dans le bouquin de Kay, cette femme qui mettait un CD pour calculer la durée du rendez-vous et du coup savait quand c’était la fin. Moi, la fin, je ne la voyais pas venir. Je regardais la télé de temps en temps – devinait avec plus ou moins d’exactitude que 30 minutes s’étaient déjà écoulées, mais à part les programmes télé, rien de spécial ne m’indiquait que le temps passait. Je m’ennuyais ferme. C’était la première fois que sur la couette, c’était autant la cata.

Ses doigts maigrichons essayaient de me découvrir, je me dérobais, je feintais l’envie de vouloir poursuivre la fellation qui déjà durait depuis des plombes. Je soupirais en mon for intérieur. J’essayais de penser à autre chose – un truc, une échappatoire, un projet que je pourrais finir virtuellement. Rien ne me venait. Dans une chambre d’un hôtel quatre étoile, une escort girl s’abandonnait.

G. faisait l’amour (on appelle ça comme ça, avec un type pareil?) comme un gamin de 15 ans qui découvrait le sexe. On les met où les doigts ? Et on la met comment la capote ? Pfff, je suis accompagnatrice de charme en chef, moi, pas responsable de l’éducation sexuelle de ces messieurs. J’ai esquivé ses doigts autant que possible. J’ai plutôt bien réussi à ce jeu-là mais la contrepartie n’était guère meilleure. Les gorges profondes, ça va quand ça fait cinq ou six fois – le double, ça commence légèrement à me gonfler. A un moment, il a été question de capote. Mais je voyais bien que ça lui serrait (malgré que ça soit des préservatifs d’une taille honorable – enfin c’est ce que le paquet indiquait en tout cas et très honnêtement je ne le trouvais pas mieux foutu que J2) et vu que le risque était quand même énorme que ça craque, j’ai préféré la lui enlever. Je note que je lui ai passé deux préservatifs, donc, très logiquement, je lui demande de me rendre l’autre histoire que je le glisse dans mon sac. « Non tu ne m’en a pas donné d’autre. »

Inspiration, expiration.

Si il y un truc qui me gonfle c’est quand JE SAIS PERTINNEMENT ce que j’ai fait et que par PUR INTERET on essaie de me faire croire que je n’ai pas fait ce qu’il faut. Qu’est-ce qu’il croyait, que je ne savais pas gérer mon stock de préservatif ? Franchement ? Bref, reprise de la même position qui commence sacrément à me fatiguer. Mon cerveau est en mode off, mon corps en mode off, ma libido en mode off. Niveau désastre, G. en connait un rayon. Ne me demandez pas son numéro, je l’ai jeté. Mais si un jour je fais un top cinq des boulets que j’ai jamais rencontrez, il risque d’avoir la première place. Ah nan je vous assure, c’est un bon.

Dix minutes plus tard, G. veut remettre le couvert. Bouche bée je reste l’instant de cinq secondes. Il extirpe derrière un oreiller la seconde capote que je lui avait passé. Je savais qu’il y aurait une autre tentative – et je savais que quelque part je n’y échapperait pas. Mais honnêtement à quoi ça lui a servit de me mentir en me disant qu’il n’y avait pas d’autre capotes ? Ca peut paraitre rien du tout, un détail, une broutille, une pécadille. Mais croyez-moi, pour moi, ça signifie beaucoup.

Je suis là, je m’évertue à trouver un truc avec lui, à établir un contact, une connexion, à faire flotter dans l’air la magie des amants qui se trouvent et se découvrent, qui s’enflamment et se dévorent pour quelques minutes. Or, ce connard, cet abruti, cet empaffé de première était en train de me mentir. Comment voulez-vous créer un contact avec quelqu’un qui a en tête de vous baiser et uniquement de vous baiser ? Comment après ce coup bas essayer encore de créer quoi que ce soit ?

On était à la je ne sais-combientième minute du match et après n’avoir marqué aucun point, niveau attaque mais plutôt bonne niveau défensif, j’ai décidé de déclarer forfait. Je ne le regardais plus, je ne le touchais plus, j’étais ailleurs. Tandis qu’il me pénétrait, je ne ressentais rien – rien, le néant.

Est-ce que je me sentais sale ? Cette homme avait une odeur insupportable de sueur. Il n’y avait rien d’attirant chez lui. Je lui avait demandé la monnaie de ma pièce sans même penser à déguerpir parce que cet argent, je le voulais. Je l’avais déjà dépensé dans ma tête et de toutes les façons il n’y avait pas d’autre issue. Est-ce que j’étais au fur et à mesure, prise au piège, happée dans mon rôle dégradant et avilissant de prostituée de luxe ? Est-ce que j’étais ça, une poule de luxe qu’on entrainait dans un 4 étoiles et qu’on sautait, qu’on sautait sans état d’ame contre quelques billets ? Je ne me sentais pas sale. J’avais oui, l’impression d’être une poule de luxe (je ne dis pas « pute », je trouve ça vulgaire et déplacé et insultant.) J’avais demandé pour la première fois à un type de me payer alors que je n’avais même pas envie de lui et que même si mon instinct ne hurlait rien cette fois-ci, déjà dans la voiture je pressentais que ça n’allait pas être top. Est-ce que je dois ressortir cette bonne vieille excuse prétextant que j’avais envie d’aller au-delà des préjugés ? Et pourtant c’est vrai, je voulais aller au-delà des préjugés. Mais j’étais aussi appelée par l’argent. Aveuglée ? non. J’étais consciente de ce que je fasais. J’avais mal évalué la situation. Je ne pensais pas qu’il serait si nul au pieu et si exigeant et qu’il n’y aurait pas moyen de me « connecter » à lui, de nous évader ensemble.

Alors que je sens la faille, je tente de m’y faufiller. Je mime la jouissance proche et bien sûr, il vient. Je ne me douche même pas j’ai juste envie de me barrer. Dans l’ascenseur, il parle de tout et de rien. Je n’écoute pas, je regarde juste mon visage éprouvée dans la glace. Fellation de trois plombes (une heure et quart) et pénétration peu impressionante (un quart d’heure montre en main.) Je suis fatiguée. Quand je suis reconnectée avec le monde je l’entends dire « ah non mais tu imagines ? Ils m’ont dit « vous pourriez un peu mieux vous habiller ! Alors que moi tu vois, je suis sapé comme ça tous les jours. » Je regarde ses fringues d’accro du trekking. Futal vert kaki, veste en faux cuir, lunettes d’intello. Physiquement il ressemble à E. C’est marrant au pieu c’est pareil – sauf que l’un n’arrive pas à tenir une érection. Remarquez, j’aime autant. Je soupire. « Ouais », je dis en guise de réponse.

Je repense à ce qu’il m’a dit – qu’il bosse pour une boite dans la sécurité, type qui met des caméras partout et des chiens pour la surveillance. Il m’a dit dans la voiture « ils m’ont saoulé pour que je vienne et blablabla ». Quelle modestie, vraiment.

Devant l’immeuble.

G. se penche vers moi, me fait la bise. « J’espère te voir bientôt. C’était sympa. » Attendez… LA BISE ? Devant l’hôtel ? Je crois que je suis en train de rêver…

Pince-toi, pince-toi.

Non, je ne rêve pas. Il ne feinte pas – il est très très con. Il y a un gus dans un utilitaire garé devant qui s’arrête de triffouiller des cartons pour nous regarder. En plus j’imagine qu’il y a une caméra qui filme ce qui se passe DEVANT l’immeuble. Et en plus, il ne me propose même pas de me ramener chez moi alors qu’il est près de dix heures et que je suis à minimum une heure de l’apparte ?

Je le regarde s’éloigner, sourit dit « oui c’était sympa, on se reverra », histoire de jouer la carte de la fille qui en fait adore tester les mecs un soir et décider si elle les revoit après – fille libérée, quoi. En réalité au fond je suis furax.

J’ai dévoré deux sandwichs, pris un bus spécial et pas un taxi, malgré que l’envie soit grande. Vous croyez qu’avec cette occupation vous gagnez de l’argent facilement ? Relisez bien ce post. Et le post d’avant. Et les posts d’avants. Vous le gagnez rapidement, mais c’est loin, très loin d’être facile. Maintenant que j’en ai pris conscience, je ne claque plus mes billets dans des taxis à la con. Mes pieds sont bien aussi. Les bus fonctionnent.

En utilisant le bus, je suis passée dans ce quartier de la ville que j’ai fréquenté toute mon enfance – ou au moins, une grande partie. Et devant ce bâtiment avec ces sigles étranges, qui m’appellaient. C’était le bâtiment de la boite qui avait engagé G. Avec la vue des lettres de la société sont revenus les souvenirs de G. J’ai mordu dans un sandwich, j’ai oublié.

Fab m’a écrit l’autre jour « tu deviens une escort girl tarifiée à l’heure, avec tout le dégout de ce qu’elle fait. » Et c’est vrai. Maintenant, est-ce que je trouve ça bien, est-ce que je trouve ça mal, est-ce que je peux continuer comme ça ? Je ne trouve pas ça bien, mais j’ai compris que je ne pouvais plus me permettre de rencontrer comme ça, au hasard. Bien sûr si ce type je l’avais rencontré au préalable autour d’un café je pense très honnêtement que comme A.-le-pervers je ne l’aurais jamais revu (remarquez l’autre type mince-là, avec ses pattes de grenouilles qui me faisait penser à Satre niveau du visage… v’voyez ? Le crapaud, voilà. Bah malgré l’entrevue peu prometteuse j’ai été plus loin, donc ça ne veut rien dire.) Ce n’est pas « mal » non plus, dans le sens où j’ai essayée comme une dingue de créer quelque chose avec lui et c’est son égoisme patent qui nous empêcher de communiquer. De par le fait, je ne me sens pas comme une prostituée. Mais mon éthique est sérieusement mise à mal.

J’ai pensé et pensé et encore pensé. J’ai même dit que j’allais arrêter mais bien sûr que non je ne peux pas arrêter – vite Chacha, trouve trois bonnes raisons. Mmm. D’abord, j’ai des clients que j’adore (type J2), ensuite il faut que j’ai assez pour mon future apparte (je mettrai une grosse pancarte sur la porte avec marqué « liberté ») et enfin il faut que j’épargne histoire que pendant quelques temps je puisse enfin me consacrer à ce que j’appelerai « l’expérience interdite. » Et voir si ça me rapporte assez – ou non.

Bref, tout ça m’a laissé encore pleine de reflexions pour la suite… Et la suite, croyez moi, c’est-de-la-bombe-bébé.

Chacha, qui avait trop la flegme pour faire une fin avec une morale potable. De toutes les façons, tout le monde s’en tape (dieu merci.)

Publié dans : Non classé |le 24 mars, 2008 |10 Commentaires »

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10 Commentaires Commenter.

  1. le 25 mars, 2008 à 14:05 zoumbalawi écrit:

    Deux fois !

    Cité deux fois en référence dans un post d’une future best-selleuse !

    C’est trop d’honneur, Chacha !

  2. le 25 mars, 2008 à 14:28 Chacha écrit:

    Pfff, dis pas ça on va finir par croire que je vais écrire un bouquin. Or, à part glander je ne fais rien de spécial, tout le monde le sait.

    Et puis de toutes les façons tu le sais que je t’adore mon Fab.

    Ok, j’écrirais un livre sur la glande et je te le dédicacerais.

    Evidemment que oui, je déconne.

    Chacha, bloggeuse for life.

  3. le 28 mars, 2008 à 8:36 Flyswatter écrit:

    - première question : et les hommes beaux, ont-ils une belle voix ? Et inversement ?
    C’est marrant, car tu as un peu écrit cette nouvelle comme un marathon, on sentait la fin qui n’arrive jamais au vu des kilomètres qui défilent. Une ode à marathonman ? :)
    …. l’expérience interdite … rahh, j’imagine que les guillemets indique qu’on ne saura rien la dessus :)

  4. le 28 mars, 2008 à 18:54 Chacha écrit:

    - première réponse : non (mais ça m’arrangerait, hein)

    Une ode à G. ? Tu déconnes, j’ai carrément mieux à faire. Mais j’avoue que c’était long comme un jour sans fin (sans pain ?) Sans pain. Fin, tu vois quoi.

    L’expérience interdite hehehe. Vous le saurez si ça arrive et ça sera pas demain.

    Chacha.

  5. le 30 mars, 2008 à 13:48 Flyswatter écrit:

    Une ode a marathonman, le film avec Dustin Hoffman (j’aurai du préciser :D )

  6. le 30 mars, 2008 à 21:03 Chacha écrit:

    Ah ouais, ce Marathonman-là (mouais ça me dit rien, pour être honnête mais Dustin Hoffman est un putain d’acteur, je ferais bien de le matter)

    Chacha, ici, là-bas, ailleurs.

  7. le 1 septembre, 2011 à 15:48 Pierre écrit:

    Bonjour,

    Merci Chacha, j’ai lu ce blog aujourd’hui toute la journée au lieu de bosser.
    C’est très beau. ça me donne plus d’espoir que de blues de voir ta foi ton intelligence ta créativité face à tout !
    Il suffit parfois de peu pour nous faire basculer vers le coté obscur.
    Mais ChaCha n’a rien à envier à maitre Ioda.

    Je te souhaite une bonne route.

    Pierre.

  8. le 26 novembre, 2011 à 6:21 Chacha écrit:

    Merci à toi Pierre :)

    (Je sais ça fait un bail que tu as laissé ce message mais comme disait un de mes profs qui trouvait ça hilarant pour des raisons qui sont toujours obscures à l’heure actuelle « vieux motard que jamais ».)

    - Chacha

  9. le 23 septembre, 2012 à 15:37 Pierre écrit:

    La vraie contrepeterie c’est « vieux motard que j’aimais » , il refoulait ton prof … :-)

  10. le 12 décembre, 2015 à 4:57 Chacha écrit:

    Pierre: on est d’accord…

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