Tu quoque, mi Jiji !

Le lendemain de mon rendez-vous avec M., très tôt le matin, j’avais rendez-vous avec mon VIP, mon chouchou à moi, mon semi-suggar daddy, J2.

Pour ceux qui connaissent l’histoire, J2 c’est le number one dans ma liste de clients. Il est toujours prévenant, un peu foufou, c’est mon client fétiche – et fétichiste. Vous savez, c’est celui qui adore les mini-jupes (très mini), les talons et j’allais le découvrir, les foulards qui attachent. Symbolique des menottes, sans doute.

 Vous savez, je ne suis pas seulement la fille trop capricieuse et trop chieuse sur les bords – je suis également une grosse feignasse. Or, je m’étais couchée à minuit, endormie à une heure après l’une de mes plus grosses soirées niveau escorting et j’avais rendez-vous… six heures plus tard avec J2, ce qui me laissait exactement cinq heures de sommeil. Cinq heures de sommeil, vous imaginez ? Nan, vous imaginez pas. Du coup, évidemment, j’ai laissé mon réveil sonner et je me suis ramené à l’heure habituel (vers dix heures) au rendez-vous. J2 fulmine mais reste chou, il a une surprise pour moi.

« Reste en jupe, ma chérie. »

Ok… De toutes les façons, j’ai aps tellement le choix. Mini-jupe, talons, top avec décolleté. Me voilà à présent un foulard me couvrant les yeux et un autre me maintenant les mains dans le dos, plaquée contre le mur froid. Au début, j’adorais vraiment tout ces jeux de rôles, tant que c’était gentillet. Maintenant, ça tourne au peu au… malsain. Ou au ridicule. Je ne savais plus trop. J2 me caressait, passait ses doigts sur moi, glissait ses doigts en moi… « Tu aimes ça, hein? », il sussurait dans mes oreilles. Je hochais la tête, ravie qu’il ne puisse découvrir le mépris que j’avais pour toute cette scène, le ridicule que je trouvais dans ce jeu de rôle trop cliché. Il a finit par glisser ses doigts derrière et devant, et derrière et devant… Et ses doigts se rapprochaient soudainement de ma bouche. Je veux dire… QUOI ? Je ne veux pas goûter à ce qui se rapproche de près ou de loin à mon derrière. J’ai profité de quand il est parti dans la salle de bain (j’ai horreur des chambres des hôtels cheaps mais je viens quand même parce que j’aime bien J2 – d’ailleurs, je n’ai jamais rencontré que J2 dans un hôtel cheap.) pour baver sur les murs… Une sorte de mini-rejet de ce qu’il avait essayé de me faire lécher…

D’ailleurs, une chose. J’ai HORREUR quand un homme te pénètre derrière PUIS devant. C’est IMMONDE. C’est DEGUELASSE. C’est ANTI-SEX à mort ! Quand un homme te pénètre devant et finit derrière UNE FOIS, ça va. Mais quand EN PLUS il essaie de te faire lécher ce qui se passe dans ce petit trou que nous appelons communément un anus, ça m’écoeure. J’ai des clients qui adorent les annulingus, vous voyez ? Je n’ai rien contre les annulingus. Je les pratique, ça m’arrive, mais comme j’ai horreur de ça, je ne vais jamais en « profondeur », je le fais quand je sais que ça plait à quelqu’un. Mais vous voyez, je ne me permet pas d’embrasser un client après un annulingus ! Il y aurait peut-être des hommes que ça ne dérangerait pas, mais ça m’étonnerais VACHEMENT que la majorité soit à ce point « open. » J2 était simplement en train de me prendre pour une… pute. Une pute, qui se laisse faire, lèche ce qu’on lui dit de lécher et ferme sa bouche. Le truc, c’est que s’il m’avait demandé ET s’il avait écouté mes gémissement de protestations et les mouvements de ma tête, il aurait su qu’il n’aurait jamais dû faire ça. Et ce con, il a continué.

Il revient dans la chambre. Il m’allonge sur le lit, me pénètre en profondeur. Un doigt, puis deux. Non, non, pas trois… PAS TROIS ! Je n’ai aps envie d’avoir un vagin qui peut accueillir une courgette plus tard (j’ai entendu que des femmes passaient leurs temps à se mettre des courgettes dans… ah nan mais vous imaginez le truc ? Arf, ce post est cru, mais pardon, c’est ce qui me passe dans la tête parfois, v’voyez.) Je secoue la tête, dit « non, juste deux… » à J2 qui enfin m’écoute. Pas trois. Oufff. J2 continue comme un bourrin, tout de même. Ses doigts vont de plus en plus vite en moi et ça me dégoute, ça me fait penser à la veille quand M. enfonçait ses doigts boudinés en moi comme si j’étais une grotte inexplorée qu’il fallait absolument piller. Ca me brule. Ca m’énerve. Mais quel con, mais quel con ! Il est en train de glisser ses doigts derrière PUIS devant ! J’ai envie de hurler arrête, je me contente de manifester mon mécontentement en bougeant dans tous les sens. Evidemment, l’abruti ne comprends rien.

Finalement, il m’enlève le foulard autour des yeux et le foulard autour des mains. Je m’agenouille devant lui et puis… je ne vous fait pas un dessin, vous connaissez la suite ? J2 est très bien fait. Long juste ce qu’il faut. Large plus qu’il ne faut. Son membre a un gout que j’adore. Et son liquide séminal est un régal pour mon palais. Ok, j’arrête. Mais ce n’est pas mon VIP pour rien… Faire des gorges profondes à J2 est presque impossible sans que je risque l’étouffement. J2 est du genre à me tenir la tête, à me donner des ordres, à me mumurer des choses crues. Très honnêtement, pendant que tout cela se fait, le cynisme m’envahit. Ma bouche dit « mmm c’est bonnn… » et ma tête dit « oh oui c’est bon… bon, quand est-ce que c’est finit ? » Et quand le cynisme m’envahit, c’est très mauvais signe.

Viens le moment de la pénétration… Autant J2 est un délice quand il s’agit de fellation, autant sur le plan horizontal, c’est pas top. Je ne me suis pas remis de l’espèce de traumatisme que mon vagin a subit après l’assaut de ses doigts immonde beaucoup trop profondément en moi. Et la douceur, merde ? Et la douceur ? Elle n’est pas dans la pièce…

Quelques gémissement plus tard, J2 est totalement en moi. J’ai mal. J’ai extrêment mal. J’ai envie d’être ailleurs et qu’il arrête d’être en moi et d’aller et venir en moi. Je repense aux autres fois où j’ai ressenti ça et je me demande ce que je fous encore dans une chambre avec lui. Ok, J2 est adorable sur le plan communication mais sur le plan physique, ce n’est qu’un fétichiste bourrin et égoïste. L’attitude des hommes dans la vie de tous les jours et dans leurs vies sexuelles est parfois antithétique. Et J2 en est l’exemple flagrant.

C’est pour ça, que j’arrive en retard tout le temps. Parce que je sais qu’il va fantasmer sur la « punition » qu’il va me donner, qu’il va me faire le supplier de me pardonner, qu’il ne va pas tenir compte quand je lui dirait d’arrêter parce que j’ai vraiment mal, parce qu’il s’imaginera que je suis en train de jouer. C’est mon corps qui vient à reculons à ces rendez-vous et mon esprit qui en a marre de subir les assauts de ses délires fétichistes. Ca me gave.

Il m’ordonne  de lui dire que j’ai envie qu’il vienne dans ma bouche. Je lui dit que j’ai envie qu’il vienne dans ma bouche. Il m’ordonne de le supplier pour obtenir son pardon. Je le supplie pour obtenir son pardon. Je vois son visage se crisper, il me pénètre très vite, j’ai mal, ça me brûle… Il s’arrête… Il ne veut pas jouir tout de suite… Son visage grimace, il transpire, transformé par l’effort… Finalement, après moult supplications il viendra dans ma bouche. Cette fois-là, je n’ai accepté qu’un dixième de son liquide séminal et l’ai recraché dans les secondes suivantes.

Au-dessus du lavabo.

Ce qui est énorme quand on est une escort girl, c’est qu’après chaque « performance » on doit faire face à un miroir. Un miroir sournois, au-dessus du lavabo, au-dessus d’un bureau, derrière la porte d’entrée. Parfois, ils sont partout. Souvent, j’aimerais qu’ils soient au-dessus du lit – mais bien sûr il n’y en n’a jamais (si je me marie un jour, dans notre période de couple sans enfants, je demanderais à mon mari de mettre une glace énorme au-dessus du lit. Ah et des caméras. Ah et des webcams. Ah et… mouais non, le mari idéal est sensé dire non à tout ça. Faut que je fasse ça avec un fuck buddy, dans le genre. Je note.) En tout cas, le plus dur, c’est de se regarder après. Après, il y a les trace de l’effort (les perles de sueuer, le liquide séminal au bord des lèvres ou ailleurs parfois, les yeux pétillants ou ternes, la moue générale qui traduit ou l’excitation ou la tristesse. Pour moi, c’est la tristesse.)

Il y a quelque chose dans mon reflet qui me dit qu’il ne faut plus que je revois J2. J2, mon chouchou, mon bébé, mon client à moi. J2 me détruit. Ses délires sont trop hard pour moi et ce qu’il m’a fait sans me demander (essayer de me faire lécher ses doigts après qu’ils aient pénétré mon anus, me pénétrer indifféremment avec le même préservatif plusieurs fois devant puis derrière, en sachant que par conséquent ce qui était derrière était en contact avec ce qui était devant… DEGUEU!), toutes ces choses, ça a achevé de me dégouter de lui. Je me rince le visage, essaie de sourire, m’essuie en vitesse.

Retour dans la chambre. J’ai tout sauf envie de me blottir contre lui. Je m’avance quand même. Soupir. Même conversation qu’il y a quelques semaines. Deux-trois blâmes, à propos de moi qui ne rappelle jamais, de moi qui n’envoie jamais de messages, de moi qui arrive toujours avec des heures de retard aux rendez-vous. A part ça, on papote machisme et compagnie. En fait, je n’arrive pas à réellement m’épanouir dans cette relation. On ne peut pas parler d’autre chose que de machisme, de son boulot, de mes projets, de ce qu’on fera la prochaine fois. Je le sens aigri. Il ne voit plus la pseudo-générosité que j’ai de passer deux fois plus de temps avec lui pour le même tarif (j’ai même passé près de huit heures avec lui pour le tarif d’une heure, une fois) – non, il voit juste mes retards (par rappor tà l’heure à laquelle il s’IMAGINE que je dois arriver – mais compte tenu de mon tarif horaire, j’arrive tout à fait à l’heure et même un peu trop à l’avance), il voit juste que je ne répond pas à ses mails, il voit juste que ne l’appelle jamais. Ca me fatigue.

Il est temps de se quitter. J2 est habillé devant la porte, m’envoie des baisers de la main. Je suis allongée, presque nue sous la couette, j’attrape ses faux baisers. Il me dit comme ça « hep, je te mets ça ici ? » Je hoche la tête en voyant la liasse de billets, ferme les yeux, fait mine de m’endormir. Quand je réouvre les yeux, il est au-dessus de mon sac. Il me regarde : « non mais je suis bête, je t’ai mit des papiers avec ! » Il range les dit papiers dans la poche intérieure de sa veste.

 Prise de douche, re-maquillage, clin d’oeil à Chacha dans la glace. Je m’habille lentement, attrape mon sac, farfouille, compte les billets… Un, deux, trois… Erm, je dois me tromper. Un, deux, trois…

Vous ne devinerez jamais.

J2 m’a volé. J2 n’a pas donné ce qu’il me devait, de près de cinquante euro. Je me suis dit « il a oublié ! simplement ! comme J., la dernière fois ! » Non. Je n’ai vu J. que deux fois dans ma vie et il a probablement oublié mes tarifs horaires. J2, je le vois tous les mois depuis près de quatre ou cinq mois. Il n’a pas oublié. Les fameux papiers, c’était la cinquantaine d’euros qu’il a repris dans sa veste.

C’était un peu la fin du monde pour moi. Parce que quelque part, je ne savais pas vraiment comment ça se faisait tout ça. Peut-etre qu’il avait un espèce d’énorme péage à payer. Ou peut-etre que ça l’avait vraiment rendu furax que je ne sois pas arrivée à l’heure (selon lui. En fait J2 s’imagine toujours que je vais me pointer à 7h du mat et repartir à environ 12h… et tout ça, en me payant pour l’équivalent d’une heure. Vous voyez le tableau ? Qu’il devienne exigeant après toutes ces fois où je n’ai pas bronché et j’ai d’ailleurs apprécié de passer des heures avec lui pour seulement une heure, ça me débecte.) C’était bizarre. Le monde n’était plus pareil. Mon client fétiche me volait. Mon corps me brûlait et hurlait à la mort. Du sang coulait un peu entre mes jambes – témoin du côté bourrin de J2. Alors c’était ça.

Alors c’était ça, être une escort girl sympathique. Trop bonne, trop c… bon, c’est pas avec ce genre de phrases qu’on avance. En attendant, que mon client VIP me fasse ce coup-là, ça m’a calmé.

De toutes les façons, dès les premières minutes du rendez-vous, je savais que je ne reverrais pas J2. J’était trop déçue. Disons que tout cela ne faisait que participer de mon dégout, cette fin sordide et malhonnête de l’amant mal-aimé. Cette relation ne m’apportait plus rien.

On s’est échangé des mails quelques jours plus tard. Je ne lui ait jamais dit que je ne voulais plus le revoir, mais il m’a comprit. Il m’a dit « si un jour tu veux qu’on se revoit, tu sais comment me contacter. Sinon… Sinon tant pis. » Dans sa voix, il y avait à la fois de la tristesse et de la colère, du desespoir et de la rage. J’étais juste là, loin de lui. Avec mon corps meurtri.

Il m’avait fait mal – très mal. Après mon rendez-vous de la veille qui avait été aussi physique, je n’en pouvais plus d’enchainer les rendez-vous. J’ai annulé celui que je devais avoir avec ce type, G. (un nom italien) le même jour. J’étais trop mal.

Dans ce monde, vos amis sont vos meilleurs ennemis, vos repères des mirages. On ne peut pas tellement se confier. Le plus dire, comme l’a dit cette courtisane dans une interview, c’est de se donner complètement plusieurs heures et puis de devoir reconstruire la relation à chaque nouveau rendez-vous.

Physiquement, je me suis reposée, je me suis soignée, j’ai guérit. Mais les blessures de l’âmes, alors ? Les blessures de l’âme, c’est donc ça. Les blessures de l’âme, elles mettent du temps et il faut vivre avec l’idée que peut-être elles ne se fermeront jamais.

Ca fait plusieurs semaines et je me demande encore aujourd’hui, si je ne devrais pas appeler J2 et lui dire posément ce pourquoi il m’a décu, ce pourquoi je trainais les pieds pour aller à nos rendez-vous et tout ça, et tout ça ?

Et puis à quoi bon ?

A quoi bon… Je n’aime pas quitter quelqu’un sans lui avoir dit ce que je pensais et sans lui avoir dit aurevoir. Je sais ce que ça fait. Or, j’évite de faire à mon prochain ce que je n’aimerais pas (ou plutôt que je n’ai pas aimé) qu’on me fasse. C’est décidé, je le rappellerais. La vraie question est… quand ?

Chacha, entre ciel et terre.

Publié dans : Non classé |le 19 mars, 2008 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 20 mars, 2008 à 22:40 Flyswatter écrit:

    C’est dommage que ça se termine comme ça.
    Même si c’était une relation mercantile quelque part.
    L’incompréhension est à la base de bien des choses ….

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