Sans nom (la suite, que diable)

Malheureusement nous y voilà.

Un pas devant l’autre. Un pas devant l’autre. Chacha, avance, bon sang de bonsoir, ou bien il va voir que tu n’es pas super jouasse d’être là ! Sourire forcé, la main qui se crispe sur la poignée de la porte, mon coeur qui bat à tout rompre. Je pense aux billets. Je pense aux tonnes de choses que je pourrais faire après cette soirée. Je pense qu’il suffira simplement que mon coeur ne soit pas dans cette pièce. Déjà, je regrette d’être là.

La chambre fait plutôt office de suite. Une sorte de studio au design simple, à l’allure de séjour courte-durée pour l’étudiant en stage, le practicien en séminaire, le commercial en vadrouille. Je pose mes affaires sur le bureau surmonté d’une énorme glace qui reflète le lit. Chouette. J’ai toujours rêvé de me matter en faisant l’amour (en fait je n’aurais même pas ce plaisir vu que sur le plan de la distance, la glace était méga-loin, quand même. Et j’aurais pas pu me regarder (nous regarder?) sans me faire griller. Trop dommage…)

M. est avenant. On parle cinq-six minutes. Je sais qu’il ne me reste que quelques heures à passer avec lui, mais je voudrias déjà être loin. Je m’allong sur le lit, me déshabille sensuellement. Il s’approche, glisse sa main sous mon corset et sourit. Il m’embrasse.

Ouch.

M. a mauvaise haleine. C’est pas insupportable comme truc – mais merde, c’est peut-être la première fois en plusieurs mois « d’expérience » si je puis dire qu’un homme a mauvaise haleine lorsqu’il m’embrasse. Inspiration. Expiration. J’essaie d’éviter ses lèvres, mais évidemment, il en redemande. Je ne le repousse pas. Je me contente juste de ne pas respirer en même temps que lui (ce qui est plus facile à dire qu’à faire, croyez-moi bien !) Je pense au café qu’on a pris et je remercie cette manie que j’ai depuis que je suis une escort girl en service de porter à la bouche dans les minutes vide des chewings et autres bonbons sans sucres qui rendent l’haleine. Je ne fais pas de pub, mais vive les Ricola.

Après quelques minutes de gesticulations et autres tendresses qui commencent à être mécaniques pour l’escort girl plus ou moins rôdée que je suis, n’est-ce pas, M. vient dans ma bouche. Je crois que c’était plus ou moins la première fois qu’on lui faisait des gorges profondes, parce qu’il n’arrêtait pas de gémir et de faire des commentaires qui me faisaient me demander à l’intérieur de moi « et si on écoutait, merde? moins fort… » (arf l’escort girl qui se soucie du bien-être des voisins… C’est tout moi ça, v’voyez…) Je finis par me rincer la bouche dans la salle de bain. Et merde. J’ai oublié ma brosse à dent (vous ne vous imaginez pas, mais pour moi c’est pas loin d’être le drame, vu la colgate-addict que je suis. Boaf je m’en suis remis.)

Retour dans la chambre. Je compte les minutes dans ma tête. Je farfouille dans mon sac, attrape un deuxième bonbon non sucré à la menthe. Mmmmm.

Entre-deux qui s’installe avec M. Il me demande si j’ai bien réfléchit à sa proposition, si j’aimerais qu’il prenne des photos nues de moi. Je me rappelle alors de son site et de ses modèles – mon dieu, certaines étaient tellement moches (-_-) ! Arf, c’est méchant je sais, mais croyez moi, c’est la vérité. Vous pouvez dire que je suis moche si ça vous plait, mais au fond je sais que vous m’adorez. Ne dites pas le contraire.

Bref, j’ai hoché la tête, j’ai dit merci (pour la proposition et tout ça) – mais non merci. Il a haussé les épaules – ça m’a plus ou moins fait plaisir que ça ne le vexe pas. On parle de tout et de rien. De la conjoncture économique. De notre président. De la politique actuelle. M. est le genre de type avec qui je pourrais discuter pendant des heures et dont chaque minute de la conversation m’enrichirait. Il me sort des petites blagues, rien de très hilarant mais dans le contexte, ça me faisait sourire. C’était un échange charmant. Et puis petit à petit, il effleurait ma peau avec ses doigts, sa bouche – sa mauvaise haleine – se rapprochait à nouveau de la mienne, sa main glissait et glissait encore, fleurtait avec mon épiderme, mes seins puis mes fesses, mes jambes puis ce que d’aucuns appellent les voies du paradis…

Ce round-là fut le plus bizarre de ma vie.

Comprenez… Le deuxième round est généralement très… Très plan-plan. Je pense à autre chose. Je simule. Je grimace. Je réagis et interagit à la manière dont j’imagine que mon partenaire veut me voir me mouvoir (arf j’adore cette phrase, je vais la relire dix fois.) Mais là… J’en pouvais plus d’être là. M. et sa mauvais haleine. Mon bonbon qui allait se finir sous peu. Ses doigts qui me pénétrait de plus en plus profondément, et mon corps, mon corps incontrolable, mon corps esclave de son désir. J’étais bloqué.

Je n’avais pas d’issue. Mon esprit ne pouvait pas s’en aller de la pièce. Non, je suis trop cérébrale comme fille, je ne peux tout simplement pas penser que je suis ailleurs que là où mon corps est. J’étais au prise au piège. Mes pensées étaient condamnées à vagabonder entre ces murs, mon corps ressentait avec un plaisir que je ne pouvais repousser l’assaut de ses doigts avides de plaisir. Tout à coup, quelque chose à changé en moi.

Je savais !

Je savais… Je n’était pas Chacha. Je n’était pas une escort girl qui ne pensait qu’aux sous qu’elle allait engranger. J’était une wannabe assisante de direction, une petite black ambitieuse, qui avait finit par céder aux avances de son patron, et qui aimait se faire prendre dans tout les sens, dans tous les côtés, qui aimait se faire b… pour gagner en grade. J’était une petite coch… qui cédait aux avances de son patron, en sachant qu’en le satisfaisant elle aurait une jolie prime à la fin de la partie de jambes en l’air…. C’était donc ça !

A partir du moment où j’était cette fille. Ni mon vrai-moi. Ni Chacha. Juste cette petite black ambitieuse – à partir de ce moment-là, disais-je, tout a changé. J’ai enfin pu jouir comme il se devait. Même le corps de cet homme avec son embonpoint immonde ne me gênait plus. Il n’était pas immonde son embonpoint. Il était mignon. C’était mon patron. Mon boss. L’homme qui pouvait me faire ce qu’il voulait parce qu’il allait me promouvoir à la fin de ce test. Voilà. On était dans un film, un scénario, j’était une acrice du porno, on jouait. On jouait, voilà tout.

M. vient dans ma bouche quelque dizaine de minutes plus tard qui malgré ce dédoublement (détriplement?) de personnalité, m’ont tout de même paru longues. Je me rince la bouche. J’hésite à avaler. Encore des fellations, toujours plus profondes, toujours plus longues. La montre mentale sonne. Tic tac. Tic tac. Au signal, il ne restera qu’une heure.

Tiens bon, ma vieille.

Retour dans le lit, sourire voilé. M. est aux anges – vraiment, il adore les gorges profondes. Vraiment, je les fais très bien. Vraiment, c’est très profond. Je souris, évite de soupirer. J’ai tellement envie de me c… Je me lève, marche de façon sexy et provocatrice jusqu’à mon sac – l’ex-PA deuxième du nom adorait quand je faisais ça - et attrape un troisième bonbon. (J’imagine qu’une escort trash s’envoit des petites cuites avec un flacon de sky’ entre chaque service. Je dis ça, je dis rien. Le goût de l’alcool me dégoute assez vite. Je me la joue juste glam, quand ça me prend, en buvant plus ou moins trois coupes de champagne. Mais vraiment, l’alcool, c’est genre pas mon truc.)

Nouveau moment câlin. M. est très doux. La conversation repart sur plein de choses, il me fait rire, nous poursuivons les conversations que nous avons eut plus tôt. Bientôt, c’est le silence complet. On n’entends pas une mouche voler… Mais M. ronfler, parcontre, oui. Boaf. Je trouve pas ça spécialement marrant ou spécialement honteux quand quelqu’un ronfle. Je me suis juste dit « oufff la bonne aubaine… laisse le roupiller une heure et vive la liberté ! » Bien sûr, au bout d’un quart d’heure, l’entendre pioncer – en sachant que j’était comme coincé dans ses bras – m’a gonflé. J’ai un peu bougé, il s’est réveillé.

Putain, ça me gonfle.

Ca me gonflait d’être là, avec ce type qui était loin d’être un Apollon, qui avait mauvaise haleine et qui me ronflait dans l’oreille. J’aurais voulu avoir le don de téléportation à l’autre bout de la terre. J’aurais voulu être n’importe où, sauf dans un pieu, coincé dans les bras de ce type. Non mais vous y croyez vous ? Chacha… Bon. J’avais tout sauf envie de remettre le couvert. Il se rapprochait de moi, avec ses baisers immondes, ses mains immondes qui me caressait. Je l’ai repoussé gentiment « non mais… j’ai envie de… mmm… rentrer chez moi. »

Chacha, faut pas rêver.

Bien sûr que non, j’allais pas rentrer chez moi. Il l’avait payé cher, cette soirée. Il m’a un peu calmé, pris dans ses bras – je me suis laissée faire. J’ai même pensé à ces arguments que j’ai confronté aux miens. C’est une de mes plus grosses soirées niveau rentrée d’argent, certes. Mais niveau argent, c’est aussi  une de ses plus grosses pertes à lui. Putain. Je suis beaucoup trop sage pour faire ce boulot. Sage, euh ? Disons honnête avec le sens des affaires et tout ça. Je préfererais être une fille totalement jetée qui dirait « nan mais coco, c’est finit là, hép hép, regard le timing, au top ça fera 3 heures alors cassos. » Et evidemment, je suis pas comme ça.

Troisième round qui s’installe tant bien que mal. Devant l’enjeu économique, d’une part comme de l’autre, je finis par me laisser faire. J’incarne à nouveau la petite black ambitieuse. Je devrais donner un nom à ce personnage que mon inconscient à soudainement créer pou rne pas me faire péter un plomb… Mmmm faut que je matte les noms des actrices de porno black. Tina ? Naoma ? Kieisha ? Pfff je vois pas. Si vous avez une idée, faites moi signe. Je suis preneuse (et pas de mauvais jeu de mots avec ça, hein. Avec « preneuse ».)

Enfin, c’est la fin du rendez-vous. J’en avais marre. J’en avais vraiment très marre. Je voulais juste rentrer chez moi et je ne souhaitait absolument pas converser avec lui ou quoi que ce soit dans la genre. « Hep, attend, n’oublie pas ça, ça serait dommage. »

Du biiiif.

J’avais mon cash entre les doigts. J’ai compté vite fait. Le compte y était. Erm… J’ai dit que je ne voulais plus lui parler, moi ? Ah c’est bizarre, je ne m’en souviens pas…

C’est vrai que j’aurais pu oublié mine de rien. J’en avais tellement marre de faire des gorges profondes qui duraient trois heures… Pouah… Enfin libérée. Dernier bonbon à la bouche, sourire aux lèvres.

Nous reprenons cet ascensceur. Ouf, cette fois c’est pour descendre. Pour me réconforter quand ça m’arrive de ne pas avoir envie d’un homme, je pense à comment je me sentirais à la fin, à ce million de conneries que je vais pouvoir acheter grâce à tout le cash que je me ferais. En réalité, parfois ça aide, parfois non. Cette fois-ci, c’est cet alter-ego étrange et soudain qui m’a sauvé de la folie mentale. C’était fou quand j’y pense – c’est fou comme le corps humain réagit.

Peut-être que c’est une sorte d’auto-sauvetage ? Peut-etre que quand les émotions sont trop fortes, le corps se met à construire d’instinct une image ou un personnage basé sur des expériences vécues ou souhaitées, sur des fantasmes qui font que l’expérience vécue est moins brutale ? Je ne sais pas ce qui s’est passé ce jour-là. J’ai essayé de ne pas penser à ce Dieu auquel je crois, qui pourrait être derrière tout ça. Ce Dieu qui a selon moi toujours été là pour moi, qui a fait en sorte que je ne tombe jamais dans des situations trop malsaines, que ce jour-là je ne pète pas un plomb et que je sois encore maitresse de moi. Ce Dieu-là après tout… Peut-être qu’il est aussi le dieu des prostituées comme le dit le livre qui le célèbre ? En tout cas quand je pense à Lui, j’ai honte de ce que je fais. Mais bon. Je sais que si j’en suis là où je suis, solide comme je suis, fragile comme je suis, bornée et docile… C’est grâce à Lui.

Il y a du mystère dans tout ça. Peut-être est-ce le mécanique humain. Peut-être est-ce Dieu. Sûrement est-ce les deux.

En tout cas, mon avatar, la super-star du porno black et de l’épreuve sous-table m’a permit de ne pas virer totale maboule et fille crade qui se fait sauter sans rien ressentir, ou plutôt en ressentant le malaise à chaque minute…

M. m’a rappelé. C’est carrément ouf. Il m’a rappelé parce qu’il voudrait remettre ça. Le même tarif. Le même lieu. Il a vraiment, vraiment, vraiment adoré. Arf – je ne pensais pas qu’il rappelerait. Mais bon, ça ne me dérange pas.

Chacha, toujours partante quand il s’agit de cash. Surtout que depuis que mon nouvel avatar est né, je m’éclate sous la couette…

Publié dans : Non classé |le 16 mars, 2008 |4 Commentaires »

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4 Commentaires Commenter.

  1. le 17 mars, 2008 à 23:10 Flyswatter écrit:

    Je trouve ce récit passionnant.
    L’envers du décor est vraiment intéressant à lire.
    Bravo pour tout ces dédoublements.
    Quand tu te voies dans la glace, tu es combien ? :)

  2. le 18 mars, 2008 à 17:03 Chacha écrit:

    Mmmm niveau dédoublement, c’est un peu les « effets spéciaux » de mon blog hein. Je pensais à tripler le budget (passer de rien, à… bah… trois fois plus quoi.) Ca me fait plaisir que ça te plaise :D

    Nan sérieux je pense encore au nom de mon troisième avatar. Mon vrai moi c’est P. Mon second moi c’est C. Mon troisième moi sera… Un truc avec un V. Carrément :D Pour faire PCV v’voyez ? Mouais non, c’est pas marrant.

    (non mais je me tape des délires moi, faut pas chercher…)

    Quand je me vois dans la glace ? Je vois toujours la même ado qui aspire à l’utopie se trouve mi-moche mi-mignone et lutte pour vivre bien dans ses pompes. Chacha, c’est juste l’expansion de mon côté glam qui admire les filles trash mais qui ne s’aventurera jamais (rarement) de leurs côtés. En réponse mmm… Je ne vois qu’une personne, mais au fond, je suis genre trois, tu vois.

    Ok, je suis officiellemnt maboule. Appelez les urgences.

  3. le 18 mars, 2008 à 22:45 Flyswatter écrit:

    Bipez Carter !! Je veux la ER 1.
    Oui, c’est Urgences :)
    Tu admires les filles trash, mais quel genre de trash ?
    Tu peux me répondre par mail si c’est trop perso :)

  4. le 19 mars, 2008 à 16:13 Chacha écrit:

    C’est le black Carter ? Nan mais je suis pas raciste, mais le black est à croquer quand même… Avouuuue (c’est ce que mes amies me disent quand je suis supposée faire la faux-cul rapport à la beauté d’une star « avouuuuuuuuuue. » C’est raffiné, je t’assure.)

    Mmmm les filles trash… Tu sais le genre de filles qui n’écoutent jamais leurs voix intérieures, sont les mères de petits rejetons qu’elles enfantent à 16 ans parce qu’elles croient que le caïd avec qui elles ont une pseudo-histoire d’amour est l’homme de leurs vies, les filles qui fument bédo sur bédo (ou s’envoient rails de cocke sur rail de cocke) parce qu’elles sont les héroines aveugles de leurs vies et ne tiennent pas vraiment compte de la lignée de filles trash qui ont vécu ce qu’elles expériementent avant elles et n’en tirent pas non plus de conclusion. Elle vivent, quoi. De façon trash, quoi. Et rien ni personne ne semble pouvoir les arrêter… Sauf la mort. On se comprend.

    Trop perso,nan. Mais ça m’empêchera pas de t’envoyer un mail, mister :p

    A plous’

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