Sans nom.

Je suis pas d’humeur à faire des titres (et pourtant je compte pas le nombre de fois où j’ai souris bêtement dans la journée. Bon ok, je suis hyper-lunatique.)

Un vendredi soir, pelotonnée sous ma couette, mon portable sonne. Je reconnais le numéro (l’écran affiche « M44photos ») et je me rappelle que le type m’a déjà appelé quelques semaines voir quelques mois plus tôt, qu’il m’avait expliqué qu’il faisait des photos comme une passion et puis bah qu’il a 44 ans.

D’ailleurs, c’est hallucinant les pseudos que je donne aux mecs qui appellent ou qui lâchent des textos – en regardant mon répertoire ça me fait toujours tripper : ici « pauv’type » (sûrement parce que le gus m’a demandé si je pratiquais ou non la sodomie par… texto…arf, le boulet) ; là « botrocher » (un gus qui m’a dit qu’il était hyper beau et tout ça et qui a déchanté quand après avoir consulté mes tarifs en live au téléphone il a réalisé que malgré son incroyable charme je ne négociais pas mes tarifs) ; ici encore « Jéres65id45non »… euh ça, je me rappelle pas. Mais ça veut sûrement dire un truc, hein.

 Ca fait déjà une demi-heure qu’on papote et M. m’apprends qu’il a apprécié mes mails, parce que selon lui, « c’est un critère de savoir faire une phrase avec sujet, verbe, compliments. » Je fronce du sourcils, je ne me rappelle pas du tout d’un gus s’appelant M. avec qui j’ai échangé des mails, même si la plupart de ceux que j’écris n’ont jamais de réponses ou bien des réponses inattendues (voire un de mes posts précédents. Précédent-précédent, dans le genre. Ca doit faire un bail que j’ai écrit ça. Fin bref.)

Chacha, redresse-toi. Je sais pas si vous avez remarqué mais on se tiens toujours voûté devant l’écran, quand on tape. J’ai comme une hantise d’avoir une scoliose, à cause des trucs trop horribles qu’on t’apprends sur ça au CM2. Ah et puis aussi de ce gus que j’avais vu au Marché quand j’étais gamine – il était mmm… voûté en deux. Il avait pt’être travaillé depuis le CM2 lui-aussi. Fin tout ça pour dire quoi déjà ? Ah oui.

Je fais donc part de mon doute à M. qui me confirme que je ne suis pas tout à fait folle : en réalité, il a prit un nom et un prénom différent quand il m’a envoyé ces mails. Il préférait être comme qui dirait incognito. Moi : « mmm, ok. » Mmm ok comme dans « non mais attends je rêve ». Ou alors mmm ok comme dans « mouais bon, ça ira pour cette fois. » Je crois que c’était un peu des deux. Quoi qu’il en soit, M. et moi partons dans une discussion folklorique sur les racines du reggae et tous ces groupes qu’il adore. Boaf j’en connais vaguement deux-trois (j’imagine que c’est une question de génération, hein – et puis aussi il a l’air beaucoup plus pointu que moi en manière de musique reggae et de rock anglais), j’acquisce pendant cinq bonnes minutes, rajoute mon grain de sel, il me donne même le lien vers son site de photos amateur. Site que je note mentalement et me promet d’aller checker. Il est un peu géné, quand il me le donne, parce que ben comme c’est hébergé par un serveur plus ou moins connu, il a été plus ou moins forcé de nommer le site avec son vrai nom. S’il savait comme je m’en tape. Je lui dit ok, sans soucis.

Ca fait bientôt une heure qu’on est au téléphone et je sens un bon feeling entre nous, c’est carrément sympa de chatter avec ce mec que je connais à peine, et puis ben s’il a un peu triché sur son identité, c’est pas super super grave. Il me dit qu’il s’offre un petit cadeau de temps en temps, qu’en début de semaine il a du temps pour se faire plaisir et comme il est tombé sur mon site web il voudrait que l’on se rencontre. Je la joue fille habituée, je dis que je ne fais pas ça très souvent mais que quand ça arrive c’est toujours des soirées très sympa etc. Je lui demande ce qu’il penserait de booker trois heures, parce que c’est ce que je fais d’habitude (je sais à force de mentir aussi éffrontément, je finirais en enfer). Il est ok, et quand je lui dis mon tarif, il balbutie un peu, négocie du bout des lèvres. Il n’a prévu qu’un budget de quelques dizaines d’euro inférieur à ce que je réclame d’habitude. On raccroche en se promettant de se contacter bientôt.

Lundi soir, dans la voiture. M. a une caisse assez classe, très je-bosse-dans-la-finance mais rien de snobinard (j’en ai tellement rien à taper des modèles et des prix des voitures mais généralement j’arrive à noter le côté classe/pas classe – après c’est pas la voiture qui compte tellement tellement. Mais j’avoue que ça compte un peu, que même. Surtout après ma petite histoire avec C.) M. n’est pas hyper attirant comme type. Il a un embonpoint, il a un style vestimentaire d’hommes d’affaire mais… une veste en cuir. Il fait très mec-qui-fume-et-qui-clope mais ouf, il ne pue pas la clope. Il me dit qu’il a réussit à réserver dans cet hotel type appart’hotel et que si je veux on peut aller boire un verre pas loin. Je dis ok, allons-y.

Hum. L’appart’hotel n’est pas loin du tout de la fac. En clair, je passerais devant tous les jours, si j’allais tous les jours à la fac. Evidemment dans le bar, c’est plutôt étudiant comme clientèle. J’ai envie de rentrer sous terre. Je me dis « arf non… » mais j’avance quand même. Je suis sapée super chic, donc je peux toujours passer pour une fille super vieille avec un visage de bébé (y’a plein de blacks comme ça. Fin je dis ça, je dis rien. C’est peut-être juste des exceptions que je connais mais bon plein d’exceptions ça fait pas mal quand même.) Je commande mon irremplaçable cappucino et lui un café tout simple (note pour moi-même : homme pas exigeant?) Un jour faudra que j’écrive un article intitulé « l’addition, ou comment démasquer les habitudes sexuelles d’un homme suivant  sa commande au restaurant du coin. » Nan mais je vise pas non plus le Prix Nobel.

On parle un peu de tout. De l’Afrique, de son job, de pourquoi je suis devenue escort girl. J’aime bien sa façon de penser, mais malgré tout ça, je n’arrête pas de penser qu’il va « falloir » que je couche avec cet homme. Je suis prise au piège. Intellectuellement, M. est très proche du type d’hommes que j’aime, ouvert, très tolérant (plus que moi même, pff, ça m’a vexé.) Mais physiquement tout de même… Même si c’était une des plus grosses soirées que j’ai jamais faite niveau cash, y’avait quand même un truc qui me donnait pas tant que ça envie de rester. Je sens les regards d’un groupe d’étudiantes qui veulent faire comme si elles ne nous regardaient pas, je ne note rien de spécial dans la façon dont on nous sers mais globalement je suis très mal à l’aise. C’est exactement pour ça que je ne pourrais pas être étudiante et escort girl. Parce que je veux rencontrer tous mes clients avant d’aller plus loin. Or, si j’avais été étudiante et que je m’étais pointé à la fac le lendemain, ça aurait un peu jasé, nan ?Après on peut dire que toutle monde s’en fout, mais la parano aurait atteint son paroxysme pour moi.

Après notre petit verre, M. me propose de « monter. » Je hoche du chef. Il me tiens la porte, deviens un peu nerveux mais arrive à me donner le change. En passant devant un groupe d’étudiants on parle de la matière la plus naturelle qui soit d’un sujet qui était probablement barbant au possible – juste pour faire comme si rien de spécial n’allait se passer entre les deux protagonistes.

Le voyage en ascenseur me parait interminable et pourtant ça ne dure que quelques minutes. Il ne me tarde pas d’être dans la chambre.

[A Suivre. A venir : Tu quoque, mi J2 ; Le Squelette ; Le Dernier Jour ; Pourquoi je suis devenue Escort Girl (comment devenir Escort Girl) ]

Publié dans : Non classé |le 7 mars, 2008 |6 Commentaires »

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6 Commentaires Commenter.

  1. le 9 mars, 2008 à 21:39 Flyswatter écrit:

    Ah naaan, c’est à suivre.
    Chacha arrivera-t-elle à semer l’homme-sans-nom dans les couloirs de l’hôtel ?
    L’homme sans nom est-il un parent du masque de fer ?
    Ou bien a -t-il fait partie des Wailers ????

    Vous le saurez dans le prochain épisode intitulé :
    « Get up
    Stand up »

  2. le 10 mars, 2008 à 11:27 Chacha écrit:

    Ptdr !

    Flyswatter, t’es genre barré dans ton genre nan ?

    En plus le couloir de l’hotel était trop étroit pour que je le sème mais chiche, dans le prochain quatre étoiles où j’ai rendez-vous, je le fais !

    Chacha, toujours partante pour faire des conneries.

  3. le 10 mars, 2008 à 21:56 Flyswatter écrit:

    Je te rassure, ma santé mentale est à son top.
    En tout cas, si tu veux courir dans les couloirs, n’oublie pas le chrono, en cette année olympique, sais-t-on jamais, envoie ton temps au 400 mètres à la fédé d’athlétisme :) tu feras peut-être un heureux … :)

  4. le 13 mars, 2008 à 20:24 Eve écrit:

    Bonjour Chacha,

    Je suis tombée par hasard sur ton blog (je peux te tutoyer? on a presque le même âge) en lisant encore p

  5. le 13 mars, 2008 à 20:29 Eve écrit:

    ar hasard (décidement!) le témoignage d’une escort girl. Je dois avouer que j’apprécie énormement ton blog, ta façon d’écrire ton quotidien. Bref je ne suis pas douée en discours donc je vais m’arrêter là sachant qu’il me reste encore plein d’autres articles à lire. J’attends avec impatience la suite et te souhaite plein de bonnes choses.
    Biz.

  6. le 13 mars, 2008 à 20:31 Eve écrit:

    ps: le début de mon commentaire dit que j’ai découvert ton blog par hasard en lisant un témoignage que tu as référencé dans ta bibliographie.

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