L’homme qui m’a redonné le sourire.

Il s’appelle G. Au téléphone il m’explique qu’il a envie que l’on se découvre très vite et on convient d’un bar en centre-ville. Je suis encore au téléphone avec toi (voire « l’écharpe rouge ») lorsque je l’aperçois et raccroche à la va-vite.

On s’installe dans le bar. Ca me fait bizarre, parce que je ne connais pas ce café, il fait très bourgeois dans l’ensemble. Il y a les couples dans un coin, les collègues d’un bureau (d’avocats ou d’expertise comptable) dans un autre, les serveurs sont des vieux garçons de café avec tenue traditionnelle. J’espère que notre couple ne casse pas trop l’ambiance et décide de prendre place dans un coin reculé à deux-trois tables du reste du monde. Il y a dans l’air une atmosphère de luxe, les lumières sont tamisées, le tout est très relaxant et très charmant. G. me sourit et nous entamons la discussion.

« Alors cet amphi est toujours à la bonne place ? » G. a suivit le même cursus universitaire que moi, une dizaine d’années plus tôt. On discute réformes universitaires et on discute sec – selon lui, très peu d’enseignants font autre chose que de photocopier les cours années après années et du coup perdent cette gniac d’apprendre. Et c’est vrai. Enfin, mon opinion… On en vient à parler de ce roman qu’il est en train d’écrire, une intrigue policière qui se déroule dans la ville. Il écrit quatre heures par jour. Non, il n’a pas fait de schéma actantiel avant de se lancer dans l’écriture – d’ailleurs, c’est de la connerie tout ça. Mon cappucino arrive (je ne boirais jamais rien d’autre dans un café et pour rien au monde – enfin sauf si y’a genre plus du tout de cappucino dans le reste du monde, je serais bien forcée…) et la conversation s’intensifie. Cela fait bientôt une heure et demi que nous sommes ensemble et G. évoque l’idée, l’éventualité, que l’on puisse partir 8 jours ensemble si tout se passe bien après notre rendez-vous. Il dit ça du bout des lèvres, c’est presque un secret. Je regarde dans le vide, hoche la tête, me dit surtout que j’attends le premier rendez-vous. G. est aussi pensif que moi.

Physiquement, il fait très stéréotypé, on dirait l’exact caricature du mec dans la finance : un peu chauve, avec une mèche de cheveux qui se balade à droite et à gauche suivant la façon dont il bouge la tête, habillé en costard-sans-cravate pour paraître décontract’, niveau écriture il s’y connaît et c’est surtout de cela dont on s’est entretenu. Je suis carrément abasourdie d’être avec quelqu’un qui aura prochainement son livre dans les kiosques de ma ville et j’imagine que ça pourrait être un bon modèle, si, d’aventure, tout irait bien entre nous. Je n’ose alors pas me prononcer, attend la suite des évènements en hochant la tête, les épaules, en souriant tour à tour face à ses questions et suggestions.

Nous sortons du café. G. se rapproche de moi, attrape mon bras, me demande quel type de restaurant j’aime. Mmmm. Italien, africain… J’aime ce qui est relevé (quand en réalité ce n’est pas tout à fait vrai.) Il suggère que nous nous retrouvions le lendemain soir dans un restaurant après quoi nous irons chez lui. J’acquiesce. Dans la voiture on parle de tout et de rien, je lui confie ces mots que j’avais réservé pour le blog, avant que toutes ces pannes de coeur m’arrive : « je trouve ça sain de tomber amoureuse de mes clients. » En réalité, c’était la première et dernière fois que je prononçais ces mots car lorsqu’un homme sait qu’il peut tirer avantage de vous, il ne se gênera pas – enfin, en règle général.

Le lendemain, G. rappelle. Finalement il préfèrerait que l’on se voit directement chez lui, c’est lui qui fera à dîner – un repas italien – et puis on verra la suite des évènements. Je dis ok, à plus tard. Il passe me prendre dans la soirée.

Dans la voiture, G. pose les conditions très clairement : il a lu en long, en large et en travers mon site web et est près à suivre mes recommandations à la lettre. Grosso modo, il va me couvrir de compliments et de marque d’attention, je serais « la reine » dans son appartement, il faut absolument que je sois à l’aise. Dans ma tête ça fait : woah. J’ai regardé dernièrement les statistiques de visite de mon site web (celui que j’ai crée moi-même) et chaque visiteur lit en moyenne 1,5 pages des 6 présentées (autant dire tout de suite la présentation générale et les honoraires…) Or, G. semble avoir lu ma rubrique « étiquette », ce qui n’est pas pour me déplaîre. Il me fait du baise-main, me dit que je suis jolie, en rajoute encore un peu sur ma fraîcheur, mon intelligence, le fait que j’ai une personnalité « exceptionnelle »… Je tourne la tête et lève les yeux aux ciels. « Tu n’es pas forcé de me faire des compliments, tu sais… », je murmure. Il met sa main sur ma cuisse et me dit que non, pour lui c’est naturel, ça vient du coeur.

On arrive chez lui. Je m’attendais très franchement à un appartement style Louis je-ne-sais-combien dans un quartier huppé, mais non, c’est dans une résidence tout à fait acceptable avec parking à l’extérieur. Avant que l’on descende de la voiture il me dit « à partir de maintenant tu es chez toi ! » Je souris.

L’appartement est confortable. Il y a de la moquette épaisse (celles où vous mettez votre pied et vous avez l’impression qu’il disparait dans le tissu… arf, terrible), des meubles anciens (quant à eux du style Louis je-ne-sais-combien), une bibliothèque impressionante avec des collections prestigieuses. Bien sûr, les livres sont en majorité de Hugo, l’auteur fétiche de G. Je me sens bien, là. Je me rappelle que G. m’a proposé de faire un jeu de rôle ce soir : je serais la wannabe assistante de direction dans un grosse boîte qui doit se décider entre moi et une autre fille. Or ce poste je le veux, je le veux, je le veux. Enfin je dois passer l’épreuve sous-table, si vous voyez ce que je veux dire… En tout cas, moi je vois !

Il me fait faire un tour du propriétaire. La cuisine – traditionnelle. Le côté bureau – basique mais confortable. Le salon – plutôt bourgeois. Les toilettes – sans commentaires mais je dois avouer qu’on dirait les toilettes dans les suites des hôtels qui ont plusieurs étoiles, ce qui est assez marrant quand on pense que je suis dans un appartement comme un autre. Bref. La salle de bain – petite et mignone. La chambre numéro 1. Là, très théâtralement, G. m’annonce que si je décide de rester avec lui un de ces quatre, ce sera ma chambre à moi. Un peu comme dans toutes ces séries TV, je me suis imaginée qui avait dormit là. Sa fille, sa soeur, sa mère ? Quand on me refile une chambre, je suis toujours un peu parano. S’cusez. Je me contente de hocher du chef en souriant. La chambre numéro 2, la sienne, ordonnée avec des couleurs pastelles.

Je m’assois sur le canapé, il me donne l’ordre de faire ce que je veux (ce qui n’est pas totalement un ordre si on va par là mais je ne vais pas par là donc laissons tomber, ok ?) Je m’assois sur un fauteuil, laisse mes jambes pendre sur un bras, ce qui révèle les bas que je porte. Je jette des coups d’oeil furtif en direction de la cuisine, il a annoncé qu’il ramenait du champagne (arf j’adore le champe…) alors je fais bien gaffe à avoir l’air égaré bien que tout ce que j’espère c’est qu’en revenant dans la pièce il me découvre dans cette position lascive.

Il arrive avec un gros sourire aux lèvres. Il m’a prévenu dans la voiture que je peux lui poser les questions les plus indiscrètes qui’l soit sur sa vie. Or, ça peut paraître snobinard de dire ça, mais on m’a trop bien éduqué pour que je devienne indiscrète. Je ne fais pas (ou rarement) aux autres ce que je n’aimerai pas que l’on me fasse. Il y a un tableau accroché, je crois déceler la technique du pointillisme et nous voilà en train de discuter de Van Gogh, des cours d’art pla’, de sa tante qui était prof d’art pla’ à l’époque et puis des profs en général. On conclut que les profs d’arts et de sport sont à part entière dans le corps enseignant et que les profs d’arts sont généralement super cool. Je crois que sa tante n’est plus, mais je n’en parle pas, je me contente de faire des allusions sur un ton général, je veux le mettre à l’aise.

La conversation s’élargit, on discute arts, puis philosophie, puis littérature. Je lui parle de mes projets, de ma manie de vouloir bâtir et construire dix mille projets à la fois. Il me dit qu’en fait, selon lui, cela est propre aux personnes issues du même pays que moi… première nouvelle. C’est alors que je me rappelle que son ex a la même origine que moi et il en profite alors pour me raconter les fiesta locales, à quel point l’afrique est chaleureuse et aime les grosses fêtes et l’apparat. On commence à discuter de mes rapports avec mon paternel et je lui dit très clairement que de ce côté là tout va bien. Si ça n’allait pas, je ne serais pas avec lui… Fin, je ne pense pas. En tout cas tout est ok et j’espère qu’il ne va pas insinuer des choses fausses pour faire le pseudo-néo-psychologue. D’façon, j’ai rien à cacher.

Finalement je décide que j’ai faim, alors que ça fait probablement une heure et demi qu’on est affalés sur le canapé. Des pâtes un peu relevées avec du parmesan arrivent quelques minutes plus tard. On grignote des biscuits apéritifs à côté de ça. Ca me rapelle mon rencard avec E. et je dresse un profil de mes amants-éphémères : la quarante approchante ou avancé, sait faire à manger des plats basiques voir d’étudiant, a toujours des biscuits apéritif dans ses placards et du champagne pour les soirées arosées…! Bien sûr, je ne bois pas excessivement, bien qu’à un moment G. me dit « tu as les yeux qui brillent. » Moi, guillerette « euh, c’est pas le champe par hasard? » Il a secoué la tête, m’a dit que c’était mes traits qui étaient magnifiques, que ma peau était douce et jeune, que mes regards étaient invitant. J’ai toujours eu horreur des compliments. D’abord, parce que ça met mal à l’aise. Ensuite parce que par courtoisie tu es sensé en faire en retour. Enfin, parce qu’on m’a appris à être jugée sur mes actes, par sur la fraîcheur de ma peau qui dans dix ans ne sera plus d’actualité. Je souris et hausse les épaules, gênée.

En plein milieu du repas, la conversation devient intéressante. Je marche à quatre pattes de ma place jusqu’à la sienne et l’embrasse doucement. Il me demande si je veux toujours faire ce jeu de rôle et je secoue la tête lentement… « J’ai envie de toi maintenant…! » Il sourit, me prend la main et nous nous dirigeons vers la chambre numéro 1.

Là, G. m’aide à me déshabiller, me caresse, me fait des compliments sur les courbes de mon corps, déclare que je suis telle le stradivarius… Euh… C’est pas genre un tout petit peu exagéré ? Il me sourit, me regarde avec ce regard que je sais reconnaître maintenant chez un homme : le regard de l’homme qui attend tout de toi, qui est subjugué, charmé, enchanté. Celui qui compte bien prendre son pied… Et bien sûr, je suis celle qui compte bien lui faire prendre son pied !

Nue sur le lit, allongée sur le dos. G. casse l’ambiance avec une phrase-clichée : « tu es prête…? je vais te sucer à fond… » Umph… G. est entre mes jambes. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a un peu refroidit qu’il dise le mot « sucer », ça sonne tellement, oui, vulgaire… Et puis c’est inapproprié. Enfin, c’est mon avis. En tout cas, ce genre de phrase sonne très pervers, très j’ai-pensé-toute-la-journée-à-cette-soirée et très je-regarde-des-films-pour-savoir-comment-je-vais-te-parler, très acteur porno dans un film de catégorie X (bah forcément.)

Je jouis une première fois. Il me confie qu’il veut me voir utiliser mes jouets, qu’il souhaite que je me fasse du bien devant lui avec mes toys. Je sors mon meilleur ami (arf, je dis toujours ça à mes clients cams, ça nous fait marrer…), une petite chose rose et sympathique, qui est là dans mes plus grands instants de solitude, héhé ! Je m’amuse comme une folle, oublie même un instant le contexte dasn lequel je suis. Il me sourit, glisse ses doigts dans ma bouche, écarte mes jambes, essaie de voir jusqu’où ça rentre, comment ça rentre. J’espère qu’il ne va pas se mettre à triturer mon meilleur ami parce qu’en général les hommes font ça comme des sagouins et ça finit par me brûler. Dieu merci, il ne fait pas. Il reste là, contemplateur, dubitatif. Et puis il veut passer à l’action, lui aussi, avec ses doigts.

Ses doigts glissent en moi, frottent, piquent. Très vite la salive disparait et ses doigts me pénètrent de plus en plus vite, alors que je n’ai aucun lubrifiant – naturel ou non. Je pense au gel qui est dans mon sac mais que j’ai laissé à l’entrée. Les capotes aussi sont là-bas, mais je me demande si G. me pénètrera ce soir. On se calme un peu, après que j’ai jouit (ou plutôt fait semblant de jouir) une seconde fois. Il y a un truc d’ailleurs avec les orgasmes, avec les clients que je vois pour la première fois j’ai toujours tendance à faire semblant. C’est peut-être que spirituellement je m’interdis de jouir avec un homme que je ne suis pas sûre de revoir. Or, revoir un client signifie qu’il place sa confiance en moi et à ce moment-là je veux bien me laisser aller. Enfin ça marche comme ça avec la plupart des hommes -mais parfois je jouit malgré moi. Et c’est exquis.

Le silence s’installe. Je pense à l’heure, G. me la donne sans que je ne la lui ait demandé. Il est déjà onze heure ! Trois heures et demi qu’on est ensemble, alors que G. a booké pour deux heures… J’ai envie de rentrer, de t’appeler (voire l’écharpe rouge), j’espère que tu ne m’en veux pas trop d’être si loin… Finalement, G. guidera sa main vers son caleçon et trouvera ainsi les voies de son plaisir… Je l’ai observé quand il jouissait – comme j’observe quasiment tous les hommes que je rencontre. Ca faisait bizarre. On aurait dit – je ne sais pas, que ça lui faisait beaucoup de mal. Peut-être que c’est ça vieillir ? G. est le client le plus âgé que j’ai rencontré jusque là (il a la cinquantaine avancée.) Je trouve ça un peu triste, qu’il reste prostrée pendant de longues minutes, sans rien dire. Je me dirige dans la salle de bain, prend une douche rapide, me brosse les dents, et hop direction la voiture.

Après m’avoir innondé de compliments et de remerciements, G. me dit très clairement que c’est à moi de rappeler. Je hoche du chef et le remercie à mon tour. Il ne me dépose pas loin de chez moi.

Je ne sais pas si c’est parce qu’il avait mal compris mes honoraires ou si c’était conscient, mais il m’a donné une cinquantaine d’euros en plus que ce que je demande habituellement pour deux heures (bien qu’on soit resté près de quatre heures ensemble.)

Je l’ai rappelé la semaine dernière. Il a expliqué le mystère des « 8 jours » (je me demandais pourquoi 8 jours ? il y a une épidémie qui se prépare ou quoi?) Bref. Il m’a expliqué en gros que courant mai il compte louer une maison, un truc classe, qu’il souhaiterait que l’on reprenne un rendez-vous ensemble avant que je donne ma décision. Mmmm. Je lui demande s’il voit ça dans le cadre de l’escorting ou s’il met ça sur un rapport affectif ? Il balbutie, tourne autour du pot, je crois bien qu’il s’imagine que je vais aller dans une maison au bord de la mer 8 jours avec lui pour… que dalle. Erm, je suis gentille et tout ça, mais je ne suis pas la vierge Marie. Huit jours à rester 24 heures sur 24 avec un homme qui m’a rencontré rapport à l’escorting, sans être rémunérées…? Et pour quelles raisons ? Pour l’amour d’une belle maison ? Euh – faut arrêter l’alcool… Donc on est resté sur ce cafouillis verbal mais le jour il rappelle je compte bien lui faire comprendre que j’aime bien escorter et tout ça, mais si ce n’est que pour le côté agréable je peux aller voir ailleurs… Money, money, money… MONEY !

Chacha, quand elle chante, c’est la cataaaa…

Publié dans : Non classé |le 26 février, 2008 |2 Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

2 Commentaires Commenter.

  1. le 26 février, 2008 à 23:27 Flyswatter écrit:

    Bon, ben pour rester dans le ton :)
    Une p’tite chanson chantée à l’origine par une groupe tamla motown je sais pluslequel ….

    « The best things in life are free
    But you can keep them for the birds and bees
    Now give me money
    That’s what I want
    That’s what I want, yeah
    That’s what I want

    You’re lovin’ gives me a thrill
    But you’re lovin’ don’t pay my bills
    Now give me money
    That’s what I want
    That’s what I want, yeah
    That’s what I want »

    Yeah, ajouterai-je …
    Tout ça est ironique of course.

    Donc, c’est bien, tout ça, un peu de pastas, et tout repart ….

  2. le 27 février, 2008 à 0:29 Chacha écrit:

    « Donc, c’est bien, tout ça, un peu de pastas, et tout repart …. »

    Tu m’enlèves les mots de la bouche :)

    Chacha.

Laisser un commentaire

artscellement |
FaiS GaFfe A mon BloG ^^ |
un bout de chemin......... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | UN AN DE MA VIE
| angelca29
| Monde en noir