Monsieur Bacon conduit un taxi.

Le hic, c’est que mardi c’est jour de grève. Et c’est le big bordel.

Evidemment, faut que j’appelle un taxi, j’en choisit un qui est affiché dans les liens commerciaux du moteur de recherche. Je me dis « bon allez, la dernière fois tu l’as appelé pour rien et tu lui as donné de faux espoirs, rattrape toi! » Le mec est trivial, genre c’est Dédé au bout du fil « comment vous reconnaître ? Bon déshabillez vous j’arrive! (rires gras.) » Je me dis qu’à la limite, je vais bien me fendre la poire avec un comique pareil au volant. La voiture arrive, et quand je rentre je ressens un vif haut-le-coeur – le type est gros, donc ça doit être une odeur de sueur et de je-ne-sais-quoi fort désagréable ma foi. Je remercie Dieu d’avoir inventé le parfum et fourre mon nez dans le col de mon manteau, ne sortant la tête de ma forteresse que pour répondre de façon laconique au Bacon ambulant derrière le volant. Et quel Bacon.

Il me dit qu’il a déposé une Malgache avant moi, s’excuse de ne pas être arrivé à temps mais « une bonne femme » roulait à vingt à l’heure. Il me dit qu’il a été patron de trois agence de voyage pendant près de quinze ans, a toujours des anecdotes sur tout et surtout rien, trouve que c’est dommage d’avoir plus de boulot à cause de ces « gauchistes » qui font grève. « Putaing ils en branlent pas une et ils font la grève putaing! » Très fin, vraiment. Et avec ça une odeur… Et donc Monsieur Bacon blablate pendant trois cents ans. Sur son fils de 12 ans qui fait dans le mètre soixante-dix, sur sa femme qui est métisée viet’ et indienne qui est l’anti-thèse de l’asiatique sympa (puisqu’ils sont divorcés), me raconte qu’il a eu une petite amie originaire du même pays que moi qui a réussi à venir en France sans son aide et est allée le voir un jour à son agence avec le mec qui finalement l’a fait venir, ira même jusqu’à me dire (« c’est entre nous hein! ») qu’il dit souvent à son fils « heureusement que je t’ai fait sinon tu serais tout noir, mais c’est une plaisanterie, hein ? Entre nous, hein? » Ben voyons, Dédé. Des gros cons, ça court les rues, mais alors lui s’il vous plait, donnez lui la palme d’or.

Déjà, quand quelqu’un parle mal d’une autre personne dans son dos, demandez-vous ce qu’elle dit de vous (et peut-être à cette autre personne?) quand vous n’êtes pas là. Ensuite, la blague sur les blacks, désolé mais c’est raciste à mort, il n’y a pas de blague ou quoi que ce soit, je ne rigole pas avec les inconnus. Enfin, il y a beaucoup de raisons quand un couple divorce, et mon dieu avec lui la mauvaise odeur doit être devenu un motif légitime. De temps en temps il m’a vraiment fait rire mais c’était surtout de sa connerie, de son racisme profond qu’il cache mal, de sa stratégie marketing hypra lourde, vue et revue mais jamais corrigée (« moi vous savez ça me fait pas plaisir d’avoir plus de sous les jours de grève! » ; « à votre convenance, si vous êtes satisfait de mes compétences vous me rappelez! » ; feint qu’il est hyper busy et quand il sait que je ne vais rester qu’une heure là où je vais annule tous ses rendez-vous en prétextant qu’il ne pourra pas les assurer et qu’il aime être à l’heure – alors qu’en vérité c’est juste parce qu’il sait qu’il y a moyen de se faire de l’argent sans trop se fatiguer sur ma poire en très peu de temps) En gros, il  a la finesse de Jean-Claude de Caméra Café, le discours d’un raciste en mal de vivre, l’odeur d’un fauve et la carure de Dédé le cammionneur. C’est un bon.

Trente ans et cinquante euro plus tard, j’arrive devant l’hôtel. Derrière la porte, c’est un type qui a dans les quarante balais, des fossettes marquées (ce qui lui donne un côté très séduisant) et un sourire sympa. Le truc c’est que dans la chambre - ça sent fort. Ouf, quand j’arrive, il sort juste de la douche. C’est con à dire, mais toutes ces histoires d’odeur par rapport à telles ou telles personnes issues de tel ou tel pays me sont revenues à la tête. Depuis le hall jusqu’à la chambre l’odeur du taxi était partie et là, ça sentait vraiment fort. J’ai fait abstraction, on a discuté un peu, on a regardé les news et il me disait qu’il espérait que ça se calme, que sa fille devait prendre un train dans la soirée. Il me dit qu’il est tombé sur mon site assez facilement, qu’il m’a trouvé « bien foutue », qu’il a tapoté sur internet, a pris mon numéro, s’est dit pourquoi pas. De toutes les façons il n’y a pas souvent recours, mais voilà, c’était comme ça. Il a deux entreprises dans le bâtiment et se déplace rarement et comme il passait par là, il a cherché une fille sur la ville – c’est tombé sur moi. Pourquoi moi plutôt qu’une autre ? C’est la bonne question. Les photos étaient attirantes, tout ça… Ensuite, il m’a demandé un massage – sûrement pour faire « la transition. » J’ai dit que je ne savais pas en faire, et puis finalement il s’est allongé sur le dos et j’ai fait du mieux que j’ai pû… Et je crois que c’était très bien comme ça :D

A la fin, il se rhabille en vitesse, on n’a passé qu’une demi-heure ensemble, à cause de l’embouteillage (oui tu parles, surtout de Monsieur Bacon qui en bon stéréotype du taximan de base a dû prendre tout son temps pour faire raquer encore plus) et de ses rendez-vous. Du coup, je lui dit que la moitié de la somme suffira mais il a tenu a payé ce qui convient pour une heure. J’ai sourit. Il me dit en se rhabillant à la hâte (je sens une odeur de transpiration sur ses vêtements) qu’il part pour deux mois en Amérique du Nord, pour un projet rapport à son entreprise. Il me dit peut-être à dans deux mois, si tu fais toujours cette activité. Je pense. Mais je ne sais pas où me méneront ces deux mois-là. Je me dis que sa gentillesse est probablement dûe à ce long départ – ça fait plaisir quand même. Il part à la hâte, me dit que je peux rester dans la chambre si je veux, me demande si je veux garder la chambre pour la nuit – car il n’est même pas sûr de rentrer avant peut-être une heure du mat, voire pas du tout. Je me rhabille, regarde un peu la télé, profite de ces instants de solitude absolue dans un hôtel standard – ceux que j’aime. Monsieur Bacon me bippe et je descends en prenant bien mon temps – on a convenu qu’il repassait me prendre une heure plus tard, pas quarante-cinq minutes plus tard.

J’ai remarqué que de plus en plus, les hommes me laissent un message vocal ou écrit après le rendez-vous. Et durant, ils m’offrent souvent à manger ou à boire, me mettent à l’aise, vont jusqu’à me proposer de garder la chambre pour la nuit (c’est ce que mon rencard qui travaille dans les bijoux fantaisie a fait), parceque du coup ils l’ont payé, et si ça peut m’arranger… Je trouve ça vraiment très gentil. Je me dis que surement les filles qui n’ont pas vraiment d’endroits où dormir, ou bien qui cherchent à s’isoler de temps en temps doivent apprécier – moi ça va, j’ai un toit. Mais j’apprécie le geste.

Sur le chemin du retour, Monsieur Bacon me raconte sa vie version hardcore – non je veux dire, sans arrêt. Et que sa femme a fait ceci, et que son fils a fait ça, et qu’il doit aller fermer le cybercafé qu’il gère en ville. Et mon dieu, ça fouette toujours autant. Je regrette de ne pas avoir pris le numéro d’un autre taxi, nota bene : en enregistrer plusieurs sur mon portable et procéder par élimination. Premier disqualifié : Monsieur Bacon. Cela va de soi. Fin bref. Je finis par m’assoupir parce que j’en ai marre de l’entendre jacasser et me solliciter pour jacasser avec lui – et quand on arrive, je lui demande si on est passé par l’endroit que je vois par la vitre, il bredouille que oui, que c’était juste dans l’autre sens. Ca m’étonnerait gravement, j’ai pas le sens de l’orientation CERTES mais si justement j’ai demandé à ce qu’on atterisse dans ce coin, c’est parce que je savais comment en prenant la MEME route dans le sens inverse on allait arriver. Et au finish, c’est soixante dix euro au compteur. Il me dit qu’il me fait cadeau du tarif de nuit, les 50% qu’il est sensé ajouter en plus. Je gromelle merci. Un connard pareil qui profite des gens assoupis par sa discussion de merde et horrifié par l’odeur de Shrek version gore, ça devrait pas exister. Je tends les billets avec amertume, il en rajoute une couche en me disant qu’il faut que je le rappelle si je sors en boîte, il vaut mieux lui qu’un conducteur bourré. C’est sûr, mais j’ai aussi l’alternative d’un taximan poli, courtois et qui SENT BON. En plus qui ne va pas m’arnaquer – parce que qu’on est parti ça faisait cinquante euro avec des embouteillages monstres et quand on est revenu, sans beaucoup d’embouteillage ça fait soixante-dix keus. Je veux pas dire, mais Monsieur Bacon devait plannifier un bon repas ce soir-là dans son restau favoris (A la Bonne Franquette.) Ravie d’avoir contribué aux frais.

Devant la chambre d’hôtel, le type de l’agence a appelé. Il s’est excusé de ne pas avoir donné de nouvelles plus tôt mais avec les grèves des trains, tout ça, il n’a pas pu. Il a toujours une voix qui est à deux à l’heure. Je réponds rapidement que ce n’est pas grave, parce que de toutes les façons, je ne suis pas intéressé ; il me dit « alors je vous raye. » J’ai dit en riant « oui c’est ça, rayez-moi! » Je ne veux rien à voir à faire avec un proxénète. Fin du chapitre Agences.

J’avais deux jours devant moi de liberté totale, avant que le mec avec l’accent québécois appelle. Entre temps, je me suis souvenue du nom du deuxième appel de samedi soir (il s’appelle E.), et on s’échange toujours des mails. Je pense partir sur la capitale la semaine prochaine, faut juste que je pense à booker un hôtel et que je sois ok avec S. et E. histoire que ça coïncide. J’ai aussi prévu de voir C., ce client webcam que je n’ai pas contacté depuis des mois, qui sait beaucoup de mes délires les plus fous, avec qui je vais surement en réaliser quelques-uns, qui m’a envoyé des fleurs, des chocolats, des toys et de la lingerie, une fois. C’était vraiment hyper romantique et hyper chou. Il n’y a qu’à lui que j’ai pu me confier autant – j’espère que la rencontre ne me (nous) décevra pas… C’est à voir.

Et puis finalement je l’ai rencontré. Et il n’a pas l’accent québécois… mais belge. Eh bah, Chacha, va falloir se déboucher les oreilles, ma petite !

Publié dans : Non classé |le 24 novembre, 2007 |Pas de Commentaires »

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