Les affaires reprennent

Pendant un moment je me suis dit, non mais c’est pas possible comme je me fais chier. Y’a bien les shows cam to cam, y’a bien halloween à préparer, y’a bien les petites soirées entre potes deci-delà mais bon, à part ça, côté accompagnement, c’est dead. Ca me faisait penser à ce que j’avais répondu à V., quand il m’avait demandé une fois si les mecs appelaient beaucoup, je le voyais venir à cent bornes, encore un qui fantasme sur les milliards d’euro qu’on touche, quand en réalité il n’y a qu’un ou deux appels par jour, avec moins d’une chance sur deux que l’appel conclut à un rendez-vous. Je lui avait donc dit « ouais tu sais… c’est par période. » La meilleure façon de répondre à un client par rapport à tout ce qu’il peut s’imaginer concernant les escort girls (ou les hôtesses webcam) c’est de donner une réponse vague. Primo, même la vraie réponse ne calmera pas ses fantasmes, au mieux ils s’imaginera qu’on leur ment. Secondo, parce que si on commence à répondre sincérement à toutes les questions qu’un client fantasmeur pose, on n’a qu’à carrément écrire un traité sur comment devenir une accompagnatrice de charme ou une super webcameuse. Et est-ce qu’on a le temps pour ça ? Franchement, non. En tout cas pas moi. Et si un jour je le fais – ce qui est probable à environ 0,00001% – ce n’est certainement pas pour répondre aux questions des clients que je le ferai, mais, comme l’a fait l’auteur dont je parlais dans un de mes posts précédents, pour éviter aux newbies de l’industrie de se faire avoir. Et méchamment. Tout ceci pour dire que finalement, j’ai pas tant de soucis à me faire, quand tout semble devenir morne et quotidien et que je me sens seule de chez seulabre, le téléphone sonne toujours pour me rappeler que non, je ne suis pas seule, que oui, il y a de la demande, que finalement, tout va très bien.

Je me suis levée avec un mal de dos de folie. Je dois passer trop de temps à faire des pirouettes devant l’ordi, ça m’apprendra à tapoter du clavier pendant des heures et à jouer avec mon sex toy préféré dans les positions les plus renversantes. En me connectant sur la messagerie instantanée, je vois qu’un nouveau contact que j’ai viré le jour du grand ménage des boulets, veut m’ajouter. Son nom me paraît familier, j’ai souvent entendu V. en parler. Du coup, je wizz mister V. en lui demandant si ce contact-là c’est pas une blague. Il s’excuse platement, me dit comme quoi en fait c’est un ami à qui il a parlé de mes shows live, sans lui dire qu’on se connaissait, simplement que c’était hallucinant. J’ai souris. Lui : « tu m’en veux ? » Moi, « mais non c’est toi V. Comment pourrais-je t’en vouloir? » V. dit qu’il lui a donné mon adresse sur un coup de tête, en ne pensant qu’après coup à mon ire probable. Je laisse pisser comme on dit dans le jargon avec beaucoup de finesse, j’ajoute A. dans mes contacts et attend. Je passe la matinée à glander sur mon compte amis-famille avec le PA et le frère du PA qui est hilarant. Au bout d’un moment je repars sur le compte où est connecté A. Et il commence à me parler. On rentre dans un espèce de jeu de rôles, secrétaire/boss et évidemment, je suis le Boss. Pendant ce temps, le téléphone sonne. Il s’appelle S., il a 28 ans, il est commercial et de temps en temps sur la ville. Je lui explique comment je fonctionne, on se donne rendez-vous pour mercredi en début d’après-midi, en plein centre-ville. Ce qui signifie lever avant 13 heures, la mort, en gros. Il va falloir se lever au plus tard à 11 heures, se pomponner pendant une heure voire une heure trente et y aller. J’ai le matériel de survie dans le sac (survie au fun et survie au reste), la touche sexy dans la sape, la sensualité dans le son. Prête à shake mon booty… Je ne sais pas à quoi va me mener cette rencontre, mais j’espère que ça sera sympa. Je pense qu’on va se poser à ce bar ou je ne suis allée finalement qu’une fois ou deux avec la best de ma grande soeur. Ca me laissera le temps de cerner le personnage. Je raccroche et retourne discuter avec A., et le téléphone sonne à nouveau. Numéro inconnu. Je décroche, décroche pas…? Ma voix intérieure me dit vas-y. Alors j’y vais. Quand je vous dit que je suis soumise… Au bout du fil, surprise totale. Mais qui a cette voix suave et douce ? Le mec me dit :
« Bonjour j’appelle par rapport à votre annonce.
-Vous voulez des renseignement c’est ça ?
-(rires) Non, on a passé une soirée ensemble, déjà…
-(moi, dans la capitale de coltarland) On a passé un moment ensemble ? (plus perchée que ça la voix)
-Oui… j’étais passée vous prendre… »
Et là, gros déclic : c’est R. ! R., le fameux R. ! THE FAMOUS R. ! Bon ça va cerveau, reprend tes esprits !
« Ah ouiiiiiii, je me rappelle très bien ! Tu vas bien ? (la fille trop jouasse)
-Oui ça va… Ben en fait j’avais bien aimé le moment qu’on avait passé ensemble… C’est pour ça que je voudrais qu’on se revoit…
-Ouais pas de soucis tu repasses quand vers ici ?
-Ben d’ici la fin de la semaine… Et cette fois niveau prestations… On… On pourra faire quoi…?
-Disons… La totale.
-Wow, la totale…?
-Ouais, pourquoi, tu penses à quelque chose de particulier ? Moi, tu sais, je suis ouverte à tout…
-Ouais c’est ce que j’ai vu, c’est pour ça que je te rapelle… Ben moi en fait… Je voudrais bien que tu me sodomises. »
ARRET SUR IMAGE. WOW.
Je suis passée de totale jouasse à totale pas jouasse. Un peu freak comme plan non ? Un mec de 25 ans qui me rappelle… Pour que je le… attend nan… Ecoute bien c’est pas possible… Il t’as pas dit ça…
« Je voudrais bien que tu me sodomises. »
Ah ba si, c’est bien ce qu’il a dit. Bon, relativise ma chérie. T’as déjà lue sur ce forum que tu fréquentais souvent à l’époque de tes recherches sur cette occupation que certaines escort girls le faisaient. Qu’est-ce qu’il y a de si repoussant à utiliser ton toy sur un mec, après tout ? Franchement, après mûre réflexion, je suis d’accord avec l’auteur du bouquin sur l’escorting : dans les jeux de rôles ou dans n’importe quel rapport dominant/dominé, il vaut mieux être le Dominant. Alors s’il veut que j’utilise mon toy, ba je vais l’utiliser… Et moi qui rêvait d’être introduite dans le monde de la domination… Je suis comme qui dirait servie sur un plateau.
« Ben ok y’a pas de soucis ! (dit dix secondes après sa réponse, vous voyez comme la fille réfléchit vite en réalité)
-C’est vrai ?
-Carrément ! On a qu’a essayer ça tous les deux !
-Ok ben je te rappelle…
-Parcontre cette fois-ci oublie pas le tarif…! Sinon je serais obligée d’adapter les services à nouveau…
-Ok, ok, pas de soucis. »
Et donc voilà, dans quelques jours, je vais pratiquer ma première sodomie avec jouets coquins sur partenaire. Comme quoi tout peut arriver la veille d’Halloween.

Finalement après une heure et des poussières de discussion, A. a choisi un show hard de 20 min. C’était sympa… Vraiment sympa… Le truc qui l’était moins, c’est quand à la fin je lui ait demandé comment c’était et qu’il a dit « parfait », sans mentionner le moment où il a atteint le comble de l’excitation. Il a insisté genre « prestation parfaite, vraiment, excellente », mais je n’ai pas pû savoir quand il avait atteint l’extase. J’en ai conclu qu’il ne l’avait pas atteint, et ça m’a vraiment vexé. J’ai bippé V. deux fois avant qu’il rappelle.
« V., je suis super vexée, ton ami n’a pas… disons… tu sais quoi.
-Ouais mais te vexe pas ma petite chérie… Tu sais, il est un peu dans son monde. »
Ah au fait, pour les « mon amour » et les « ma petite chérie. » V. est tout simplement quelqu’un d’affectueux. Je ne pense pas qu’il appelle tout un chacun comme cela cependant, mais il est d’une gentillesse exceptionnelle envers moi en tout cas, et me donne des petits surnoms de ce genre, ce qui fait très girlfriend experience (GFE), très relation de couple, et efface le vulgaire échange client/escort girl. V. me raconte deux-trois anecdotes fortes en hilaritude, regardant le personnage A. J’oublie même que je suis vexée. V. a réunion alors je le laisse, il me dit que si je veux parler dans la soirée, ou quoi que ce soit, je le bippe simplement et il me rappelle. Je raccroche et vaque à mes occupations. Mes occupations, c’est regarder ce que font les « concurrentes » j’aime plutôt dire les collègues, mais les deux vont de paire, de toutes les façons. Dans ce milieu, du moins. J’admire le blog des autres escort girls, m’étonne toujours autant de celles qui affichent leurs visages, fait un tour sur celui de Sacha Love et me dit qu’elle a du cran, d’afficher le lien de son blog. Du cran, est-ce le bon mot ? Non. Je veux dire, mon blog c’est un peu comme un journal intime, enfin, c’est même carrément un journal intime. Ce n’est pas un coup marketing, ce n’est pas une manière de dire « faites le » ou « ne le faites pas », ce n’est pas une manière d’espérer un jour de publier mon bouquin aux éditions classées X (ou Y – c’était facile, je sais, j’assume.) Non, c’est mon quotidien, ma routine, mes histoires à moi que je veux partager avec vous. Parfois je me demande si Sacha est totalement sincère, je me dis que si oui, alors elle a du cran. J’ai lu l’extrait de son (futur?) bouquin, à propos des quarante balais de Jean-Michel. Je me suis dit, il doit apprécier le Jean-Mich. Soit elle change le prénom de ses contacts, ce qui du coup rend moins croustillant l’affaire, comme dans un reportage où on rebaptiserai Rachida Marie, pour des raisons d’anonymat. Non, désolée, ça donne un côté truqué, ça enlève cette espèce de possibilité de rêver qu’un jour on va frôler cette personne. C’est un fantasme qui dure quoi, trois, quatre secondes mais merde, on n’y a droit. Rendez-nous nos rêves… Soit Jean-Michel s’appelle vraiment Jean-Michel, auquel cas le droit au rêve est respecté, mais bon c’est pas un peu risqué, au cas où quelqu’un fait le rapprochement entre le Jean-Michel du bureau et le pot qu’on lui a payé pour ses 40 piges ? Jusque là, en tant que super webcameuse aussi bien qu’en tant qu’escort girl j’ai pu cotoyer des personnes plutôt célèbres (la célébrité est relative) : un sprinter assez côté, un PDG d’entreprise, un commercial pour une grosse boîte, un violoniste plutôt connu, le patron d’une agence immobilière dans le sud… Et tous vérifiables. Il suffisait de taper leurs noms dans les moteurs de recherche les plus répandus et leurs sites apparaissaient sous mes yeux. Evidemment, à chaque fois, j’étais assez sur le cul, parce que j’imaginais toujours que les mecs de ce genre avaient autre chose à foutre que de payer une cam ou que de demander un peu de douceur à une accompagnatrice de charme dans ce monde de brutes. Au final, ce sont des hommes assez pris, qui n’ont pas spécialemnet envie de refaire leurs vies mais devraient, qui ont une petite amie mais pas assez ouverte, qui ont envie de découvrir  ou plutôt de se découvrir à nouveau avec quelqu’un. C’est pour ça que je me dis, pour un peu que le Jean-Michel soit connu, et c’est la cata. Remarquez, si c’est un extrait de son futur bouquin, les 40 piges du Jean-Mimi, si ça se trouve c’était il y a un baille. Note : j’ai adoré sa réflexion sur si l’on doit user ou non du lit conjugal. Pour ma part, je n’ai jamais été chez un homme marié, donc la question ne se pose pas. J’ai été chez les célibataires de longue date et les hôtels discrets (mais pas cheap, pas les lieux glauques qui me font horreur.)

Juste pour vous montrer comme en ayant la même activité, on peut être toutes différentes, stylistiquement. Personellement, je suis plutôt influencée par la façon d’écrire de Belle-de-jour, c’est par son blog que j’ai vécu mes premiers frissons d’escort girl – par substitution. Même si maintenant je ne vais plus lire son blog (parce que finalement elle essaie de revenir à la vie « normale » et que moi je veux la fuir à tout prix cette vie d’ennuis) son blog est l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi les capitales pour désigner les personnages. D’abord, parce que personne a part moi ne sait si c’est la première lettre du nom ou du prénom. Je me dit, si un client tombe sur le blog, il pourra se reconnaître, grâce aux anecdotes. Mais après tout, c’est un peu lui qui fait vivre ces lignes, donc je peux bien lui laisser son heure de gloire quoi, merde. Ensuite de toutes les façons, quand tu soumets un peu de ton histoire, tu soumets un peu de l’histoire des personnages que tu cotoies, à moins de ne rien dire, de ne pas rentrer dans les détails et là c’est carrément inintéressant, pour le lecteur comme pour le bloggeur (ou plutôt la bloggeuse) que je suis. Et puis de toutes les façons, notre style est influencé par nos lectures, nos coups de coeurs, nos rencontres. C’est juste assez amusant de voir les réflexions qu’on peut mener sur le même sujet. Je n’ai pas lu vraiment le blog de Sacha Love, je suis tombée une fois dessus – je crois que c’était un article à propos des élections. J’ai vite zappé. J’ai eu le temps de choper au vol le commentaire d’un mec qui se demandait s’il l’avait croisé ou non à la fac. Une autre fois, je suis tombée sur le blog de Ninon, l’escorte mature. J’étais ébahie par son parcours, son combat presque. Et vraiment choquée des faux plans qu’une escort lui a fait, et plus tard qu’un journaliste a fait, en publiant son adresse pour l’escorte et en dévoilant son visage dans le magazine pour lequel écrit le journaliste, sans autorisation. Je me suis dit, quelle sacré bande de cons. Et dire qu’il faut de tout pour faire un monde… On se passerait bien de certains…

Personellement, je trouve que les escort girls qui montrent leurs visages ne sont pas très professionelles en général (et pour Ninon, vu son parcours, ça va paraitre paradoxale mais je trouve ça honorable. Oui, parce que d’une certaine manière, elle est hors concours, elle a la classe au-dessus, c’est ce qu’on appelle une « dame », vraiemnt. Pas simplement une vulgaire traduction de « lady », elle a l’attitude et le parcours d’une lady, et pour ça elle a mon respect infini… Un peu comme ces pionnières de l’escorting qui nous fascinent, qui ont été là avant nous, vu beaucoup, entendu encore plus, en savent et en sauront toujours plus que nous et qui, malgré leur âge qui semble être un désavantage, auront en réalité toujours une longueur d’avance sur nous. Des sortes de Gourous, de Geishas, de Je-ne-sais-quoi qui inspirent le respect et le méritent sans question…) Imaginez-vous à un Congrès, avec votre rendez-vous au bras, souriante, pimpante, et tout à coup dans la foule, vous voyez un homme vous dévisager et deux autres au loin murmurer en vous regardant sans discrétion. Ca doit être ça, de montrer son visage sur son site ou sur le site de son agence. Ces types-là savent que vous êtes une escort girl, savent vos tarifs, vos préférences sexuelles, les cadeaux que vous aimez que l’on vous offre, votre homme idéal et tous ces menus détails que vous avez livré dans les pages de votre site web. Et vous pouvez avoir mit en danger votre rendez-vous : on peut le faire chanter, maintenant, vu qu’on l’a vu au bras non pas de sa femme comme il le prétend, mais de sa maîtresse, qui a l’âge d’être sa fille et le physique de son coach sportif. Vous l’avez mit dans le pétrin sans qu’il le sache, lundi matin, on va sacrément s’en taper une bonne sur son dos, se ramener au congrès annuel de l’entreprise, au bras de l’escort la plus classe aux alentours et prétendre que c’est sa femme, non mais quel comique, ce mec! Enfin bref, je ne vois pas de bonnes raisons d’afficher son visage. Bien sûr, le client sait à quels risques il s’expose mais quelque part, il aurait très bien pu découvrir le visage de son escort lors d’un rendez-vous préalable pour être sûr qu’elle est aussi belle qu’il le pense. Au pire des cas, il appelle une autre fille et la discrétion, reine du milieu, est sauve. Tout ça pour dire que si j’étais un client, je n’irai jamais vers une escorte qui affiche son visage, en tout cas si je recherche vraiment la discrétion. Et puis je trouve ça assez excitant, ce moment où on se découvre l’un-l’autre, en feignant de ne pas être (agréablement/désagréablement) surpris. On ne peut pas chanter à tue-tête qu’on recherche la discrétion absolue si d’emblée on affiche son visage. C’est ce qu’on appelle un paradoxe et sur le permis de l’escorting, ça fait sauter 4 points, jeune femme. NEXT !!

Pour en revenir à Sacha Love, je disais donc qu’elle avait du cran, ou un certain culot, ou alors c’est un gros coup de… pub (oui oui, c’est bien ça le mot.) Quelque part, elle me fait penser à cette escort girl new-yorkaise ou londonnienne je ne sais plus, dont des internautes remettaient en cause l’intégrité de son témoignage sur un forum, ils se demandaient si elle ne racontait pas des histoires dans le but d’être publié un jour, comme Belle-de-jour. Un mec avait posté qu’il rêvait souvent intérieurement de la rencontrer dans les rues de la ville, que lorsqu’elle écrivait un détail sur ce qu’elle avait acheté (du style une écharpe rouge), il zieutait toutes les filles avec des écharpes rouges du coin de l’oeil en espérant que la grâce divine entoure telle ou telle fille d’un halo de lumière et lui montre que c’était elle, histoire qu’il la rencontre enfin. Il disait qu’il cherchait à la booker par tous les moyens, qu’il souhaitait la rencontrer. Elle s’est loggé sur le forum quelques jours plus tard et a dit que ça la faisait marrer cette polémique, qu’en tout cas, elle elle savait qu’elle existait et c’était ça qui comptait vraiment. Elle a rajouté, à l’attention du gus qui espérait la croiser à chaque coin de rue que si elle avait rédigé son blog, ce n’était pas pour faire de la pub pour son blog, parce qu’elle avait suffisamment de clients sans avoir besoin de faire de la pub ailleurs et par soucis d’anonymat. J’ai trouvé ça bien dit, bien que le doute sur la véracité de ses histoires planait toujours après sa réponse. De toutes les façons, même si ce n’est pas vrai, qu’est-ce qu’on s’en tape. C’est elle qui passe ses heures à se raconter des bobards, pas nous. Si ça l’amuse, qu’elle en profite. Et puis ses lecteurs sont peut-être très contents de son style, des détails des récits de sa vie (vraie ou inventée) et au fond, dans ce genre de littérature, c’est l’essentiel. On peut de même se poser la question de la véracité des écrits du VIII ème siècle avec les épopées d’Homère, a-t-il d’ailleurs vraiment existé ce poète aveugle ? Vous voyez, au fond la littérature sous toutes ces formes (écrit sur du papier, écrit dans un espace virtuel : un blog) et à tout siècle (le VIII ème siècle avant J.C, le XXIème siècle) pose des questions de véracité où l’on se rend compte qu’au fond, si le public est divertit et trouve dans la lecture une façon de rêver et/ou de combler des craintes, des fantasmes, des doutes intérieurs, alors c’est tout ce qui compte. Si vous cherchez la vérité absolue, ou la réponse arbitraire à une question, laissez tomber la littérature et ouvrez tout de suite un bouquin de maths. Il n’y point de vérité entre les lignes. Tenez-le pour dit.

Et donc ce type qui fantasmait sur l’escort girl en question me fait penser à celui qui espère voir Sacha, ou l’a vu, je ne me rappelle plus. S’il espère la voir, je trouve ça risqué de mettre des liens vers son site web. Bien sûr, niveau clients ça doit aider, mais voilà, je serais à la recherche d’une accompagnatrice, si je sais que sur son blog elle parle des relations qu’elle a eu avec un client, ça me fera sourire de lire ce qu’elle a écrit sur les autres, et ça me fera chier de lire ce qu’elle a écrit sur moi, même si c’est gentil, même si c’est des louanges, c’est quand même des moments intimes qu’elle fait partager sans mon accord préalable, ou même tacite, je me dirais que chaque minute qu’on passe ensemble, elle pense à ce qu’elle va écrire le soir même ou dans deux jours et du coup je ne pourrai pas totalement me lâcher dans le but de faire bonne impression et merde quoi, le but de passer du temps avec une escort girl c’est quand même de se relaxer et de passer un bon tête à tête. Risqué aussi parce que combien de mecs peuvent fantasmer sur ce qu’elle écrit, sur sa façon de voir les choses, il y a de plus en plus de stalkers il paraît, les types qui s’imaginent que tu es leur petite amie alors que tu n’as jamais rien fait pour le leur faire croire mais parce qu’ils sont persuadés que vous êtes fait l’un pour l’autre, te harcèlent de mots, de messages, d’attentions dont tu te passerais bien. Mon mentor, mon maître à penser en matière d’écriture et de style m’a dit un jour, « écrire, quelque part, c’est se donner. » Il disait ça pour souligner que ça pouvait soulager d’écrire, que de toutes les façons quand tu écrivais, même des romans noirs, c’était toujours un peu autobiographique. Là, je dirais ça plutôt dans une optique différente : en dévoilant ses sentiments et ses pensées, Sacha donne à voir qui elle est vraiment, ce qui peut permettre au lecteur de s’attacher ou non, de s’identifier ou non, d’adhérer à ses idées ou non. S’il l’a vu, c’est carrément plus grave, parce qu’à tout moment il peut détruire sa vie privée, en révélant à n’importe quel moment son visage, son vrai prénom, son vrai nom. Elle dit où elle habite, la fac qu’elle fréquente (à mon avis à Montpellier, il n’y a pas cent cinquate facs de Droit.) Je préfère rester assez vague quand à ces points-là. D’abord, parce que je pense avoir dit ce qui était pour moi l’essentiel pour que les lecteurs cernent qui je suis, enfin parce que mon but est de raisonner de façon générale sur le monde de l’escorting, sur, comme je l’ai dit dans la Présentation, ce qu’une fille de mon genre peut espérer dans une activité de ce genre – je respecte d’une certaine manière mon pacte de lecture, sans ratures ni fioritures. Je ne vois pas ce que ç ava apporter à mon récit de dire que je suis dans telle ou telle ville, de me décrire physiquement (à part le fait de dire que je suis black, ce qui me parait être inhérent à mon approche, et me permet d’une manière de me démarquer des autres auteurs de blogs qui ne rencontreront pas tous ces fana de petites blacks, tous ces clients qu’elles n’auront probablement jamais. Autre chose, je ne mêlange jamais cams et escorting. D’abord parce que derrière son écran, le client peut s’imaginer des milliers de pratiques qu’il ne dévoile pas totalement sur le net. C’est très facile de bluffer derrière un écran, plus difficile en tête à tête et les maîtres du genre (ceux qui bluffent avec tout le monde en toute situation), on peut difficilement y échapper, c’est pour ça qu’il faut écouter la petite voix intérieure qui dit « fonce » ou « casse-toi »! (des statistiques rapportés dans mon bouquin sur l’escorting rapportent que la plupart des filles qui se sont fait violées ou ont été tuées avant leur agression n’ont pas écouté cette petite voix intérieure qui leur disait de prendre leurs jambes à leur cou, et ont préféré se dire que ça allait leur passer… C’est pour ça que je me fie autant à mon instinct. Tout l’argent du monde ne vaut aps la sécurité ni le sentiment d’être tranquille avec soi-même.) Et puis si je fais pas de pub pour mon site, d’abord, c’est parce que je n’en n’ai pas. Non, non, pas le moindre. Enfin à part celui que j’ai fait en trois minutes et un autre qui est en anglais, mais je trouve que ça n’a rien de vraiment brillant, c’est juste des trucs faits en speed, pour alpaguer le chaland. Jusque là ça marche, mais je pense sérieusement à avoir un blog vraiment design, quand j’aurai fait de belles photo avec un photographe et que j’aurais assisté à deux-trois soirées. J’ai acheté pas moins de quatre bouquins sur les bonnes manières, histoire de réviser un peu, et d’avoir le chic à table, si je dois me rendre à un dîner d’affaire, le chic en toutes circonstances. Je pense que ma taille et ma couleur de peau m’empêchent d’être une escorte dite de grande-classe, il ne faut pas se voiler la face. Disons qu’escorte d’élite m’irait bien, puisque j’aime les milieux intellectuels, portés sur la littérature. Et puis toutes les escort girls s’accordent à dire qu’il ne faut pas ressembler à un top model, mais savoir donner l’impression à l’homme qui nous a choisit pour quelques instants, qu’il est le seul au monde. Et ça, je sais faire.

Enfin, je crois.

Bon, c’est pas tout ça, masi j’ai rendez-vous avec S. moi, demain. J’ai papoté avec V. ce soir, avant qu’il s’endorme. J’aime vraiment beaucoup V., il me rappelle dès qu’il peut, il me donne des surnoms affectifs, on se raconte nos quotidiens et il ne cherche pas à rentrer dans ma vie, ni moi dans la sienne, on est juste bien comme ça. Il m’a dit que quand j’aurai mon appart, il voudra bien être mon cinquantième amant de la journée, contre qui je pourrai me lover la nuit. J’ai trouvé ça archi chou. Je lui ait dit que si son ami m’avait vexé, c’est parce que quand je me donne, je me donne avec ardeur (je l’ai entendu sourire… oui, sérieux, ça ne vous arrive jamais ? De savoir que votre phrase a fait mouche, et qu’à l’autre bout du fil, très certainement, obligatoirement même, votre interlocuteur sourit…), que j’aime de fait savoir quand mes clients atteignent les sommets du Mont Plaisir. On a discuté de mon rapport avec les hommes en général, les hommes de certaines communautés en particulier, et puis on s’st dit à demain soir. Donc demain, grosse journée ou presque, d’abord S. en début d’après-midi, ensuite V., le soir. La première et dernière fois qu’on s’est vus, il avait booké deux heures, c’est ce que je réclame quand je me déplace hors de la ville. Je me demande si je dors chez lui. Je vais préparer le matos, au cas où. Je lui offrirais les heures restantes, vu que j’ai terriblement envie de me blottir contre lui, l’instant d’une nuit. Je me demande comment c’est, sa chambre, quand c’est pour y dormir… On verra bien.

Puisque les affaires reprennent, tu peux te permettre, il n’y a pas de soucis. Appelle-moi Chacha.

Publié dans : Coup de coeur, Non classé |le 31 octobre, 2007 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 1 novembre, 2007 à 3:59 leo écrit:

    Salut!
    D’abord félicitations pour ce blog très bien écrit. On arrive vraiment à se mettre dans ta peau.

    Je suis venu sur ce blog en cherchant au départ des témoignages de filles pratiquant le cam2cam étant moi-même un client et ayant eu des discussions très sympatiques avec des animatrices. Je me demandais en fait si ces animatrices pouvaient avoir des sentiments amicaux sincères ou si c’était une technique pour amasser plus d’argent par la flatterie. Car dernièrement, j’ai rencontré une fille dans un salon cam2cam où dès le départ on a très bien discuté, on s’intéressait l’un à l’autre, on s’est découvert des points communs ect… Bref, une discussion normale, ce qui est rare dans les cam2cam, les paroles échangées se fixant quasiment uniquement sur le sujet du sexe. Puis je me suis décidé à l’action cam2cam. J’ai mis ma cam, là je la vois faire un grand sourire, elle me flatte, me fait des compliments, puis elle a l’air de prendre du plaisir. Ensuite, je retourne dans ce salon et on est reparti pour une discussion jusqu’à 5h du mat, je la fais rire, elle me dit qu’elle aime bien mon humour, mon style, me dit même « i like you ». Quand je lui fais des compliments, j’ai l’impression que ca ne la laisse pas indifférente, toujours un sourire… ne veut pas que je parte, me relance si je dis rien alors qu’il y a plein de gars dans ce salon qui essayent de lui parler…
    Bref, une expérience fort troublante pour moi qui ne m’attendait pas à ça, l’impression d’une relation amicale, de plaisir partagé… Je dis bien impression car le stéréotype de l’impossibilité de ce type de relation dans ce contexte est encore trop fort.
    Par ton journal intime -que j’ai lu de bout en bout- j’ai compris que tu ne trompes pas tes sentiments pour de l’argent. Que par exemple s’il y a un client potentiel mais que tu ne le sens pas, tu ne t’engages pas à continuer avec lui.
    De la même façon, je pense que l’animatrice, si elle ne me sentait pas, ne m’aurait pas fait la discussion une bonne partie de la nuit.

    Bon, ça c’était pour la partie cam2cam. Pour parler de l’escort girl, ça m’a vraiment intéressé de connaitre comment peut fonctionner cette activité. Je n’y connaissais pas grand chose, l’assimilait à tort à la prostituée de luxe.
    Ca m’a d’autant plus touché que le sujet de l’escort girl a été la cause de ma rupture avec mon ex. Ca faisait deux mois qu’on était ensemble, tout était pépère on se voyait pas trop, que les week end, ne faisant pas nos études dans la meme ville, mais c’était tranquille comme relation. Puis du jour au lendemain elle me dit comme ca qu’elle va faire l’escort girl dans la ville de ses études. Elle m’avait dit: « J’ai une amie qui fait l’escort girl, elle gagne pas mal d’argent, et elle m’a convaincu de faire ca avaec elle ». Là je suis resté sur le cul pendant plusieures secondes, je me suis dit qu’elle délirait puis elle continue: « elle bosse dans un bar nommé le « pussy cat » (déjà rien que le nom voulait tout dire pour moi) je lui réponds « mais escort girl c’est comme une pute non? ». Elle me dit que « non, qu’on est pas obligées de coucher avec les clients. Mais qu’elle trouverait ça super marrant qu’un mec la paye pour qu’on lui caresse les cheveux ». Je lui réponds « t’inquiète pas c’est pas pour les cheveux qu’ils vont payer, c’est pas ça qu’ils attendent! ». Puis j’ai essayé de lui faire changer d’avis elle en démordait pas. Ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’elle me dise ca comme ca du ton le plus naturel qui soit! En gros c’est comme si elle me disait, à moi son ptit ami:  » j’ai envie d’aller connaitre le désir que d’autres personnes peuvent avoir sur moi, et puis de toute manière tu t’en fous tu seras pas à coté de moi pour savoir ce que je fais ». Voilà comment je l’ai ressenti, je me suis senti rejeté. Mais là sur le coup j’ai plus rien dit on s’est embrassé avant de de retourner chez moi, seul. J’ai mis quelques jours pour réfléchir et j’ai décidé de la quitter. Je me voyais pas l’imaginer avec des mecs qui la draguent à fond dans l’espoir de coucher avec. Quabd je l’ai quittée elle a pas compris et m’a dit qu’elle croyait que j’aimais bien mon indépendance-ce qui n’est pas faux mais pas à ce point!- je lui ai répondu qu’elle s’est trompée qu’en fait je suis plutot dépendant puis voilà. Elle m’en a voulu…
    Plus tard j’ai appris que finalement elle n’a pas fait l’escort girl (enfin elle me disait pas escort mais call girl c’est pareil non?).
    Et avec du recul, je pense qu’elle voulait peut etre que je la désire plus, en me disant vouloir se faire désirer par d’autres ou alors c’était une sorte de test. Je sais pas en tout cas je l’ai pas bien pris.
    Et j’ai une question pour toi chacha: avais-je tort ou raison de me faire du soucis quant aux relations qu’elle aurait pu avoir avec des mecs en tant que call-girl?

    Voilà, le contenu de ton blog a réveillé des souvenirs en moi. Je suis désolé si le commentaire est trop long, mais je ressentais le besoin d’écrire. Et pour toi, je te souhaite bonne continuation, je compte revenir pour lire la suite de ton journal intime.

    Ciao!

  2. le 9 décembre, 2009 à 10:32 yuyuyu écrit:

    tres interressant j ecris un livre a ce propos

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